‹ Poëmes et chants élégiaquesChapitre 26 sur 40 · LA SOEUR GRISE · texte numérisé non relu

LA SOEUR GRISE

£:x Sueur ^ri^e.

J'ai laisse pour toujours la maison paternelle; Mes jeunes sœurs pleuraient; ma pauvre mère aussi. Oh ! qu'un regret tardif me rendrait criminelle ! Ne suis-je pas heureuse ici !.. .

Ne m'abandonne pas , toi qui m'as appelle :

Dieu qui mourus pour nous , mon Dieu , je t'appartiens !

i42 LA SOEUR GRISE.

Et moi qui console et soutiens, Tai besoin d'être consolée.

Ignorante du monde avant de le quitter, Je ne le hais point : et peut-être

(Un mourant me Ta dit) , j'aurais du le connaître Pour ne jamais le regretter.

Quand je me sens reprendre à sa joie ëphëmère^ Faible encor du dernier adieu , rembrasse ta croix, ô mon Dieu!.. .

Je n'embrasserai plus ma mère.

Souvenirs de bonheur , que voulez-vous de moi ? Que vous sert de troubler ma retraite profonde?

Et qu'ai-je à faire avec le monde.

Dont le nom seul, ici, doit me glacer d'effroi?

LA SOEUR GRISE. i43

Ici la charitë remplit mes chastes heures.

Le malheureux bënit ma main qui le dëfend :

Je nourris l'orphelin d'espërances meilleures ;

Ta servante , ô mon Dieu , dans ces tristes demeures

Est Tenfant du vieillard, la mère de Tenfant.

Et tandis que mes sœurs à de nouvelles fêtes

Vont peut-être se préparer; Que, des fleurs dont ma mère^aimait à me parer,

Elles ont couronne leurs têtes , Moi , je veille et je prie. . . et ne dois point pleurer.

O de mes premiers jours images trop fidèles ! Mes songes quelquefois me rendent vos douceui^. Ma bouche presse encor les lèvres maternelles , Et même au bal joyeux je suis mes jeunes sœurs , Le front ceint de roses , comme elles.

i44 LA SOEUR GRISE.

Vaine illusion d*un instant , Dont le charme confus m'agite, et me réveille!. Mais la cloche plaintive a frappe mon oreille : A son lit de douleur le malade m'attend.

Là , naguère , une pauvre fille Me disait en pleurant : Dieu finit mes malheurs.

J'étais orpheline, et je meurs

Sans avoir connu ma famille. — Moi j'ai quitté la mienne... et nous mêlions nos pleurs...

J'avais une famille; et pourtant je l'oublie; Et mon cœur bat d'un noble orgueil Quand le pauvre a pressé de sa main affaiblie Ma main qui doucement l'accompagne au cercueil.

Consolé par ma voix à son heure suprême , Bien souvent le pécheur s'endort moins agité :

LÀ SœUR GRISE. 145

Que dis-je? le mourant me console lui-même De ce monde si vain, qn^avant lui j'ai quitte.

Et lorsque dans ses yeux une dernière flamme Rëvèle un saint espoir, ne d'une ardente foi, Je recommande à Dieu de recevoir son ame, Au mourant, de prier pour moi.

Saiîit iévàme.

eu ^vuu,

Oh ! qadle peine intérieure je ressens , lorsque méditant les choses da ciel , une foole d'objets sensibles Tiennent interrompre mn prière I

imk, d$ Jitm-Ckrùt.

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