SAINT JÉRÔME
Saint 3év0me,
v>iE vain monde n'a rien que le juste rëclame; Il s'est promis le ciel et le cherche aux dëserts. Cest parmi les rochers que l'aigle aux yeux de flamme S'essaie à l'empire des airs.
i5o SAINT JÉRÔME.
Le char ëtinçelant qui ravit le prophète Le trouva solitaire au tonimet du Garmel ; Aiosi l'ame s'exalte au sein de la retraite, Attentive à la voix du ciel.
Cette voix , qui se perd dans le fracas du monde , Toute entière au d^rt frappe le repentir; Çt tes ^hos brûlants , Thëbaîde profonde, La faisaient au loin retentir.
Là, pour les cœurs exempts de clairs et d'alarme», Tous les jours naissaient purs comme ils devaient finir; Seulement le passe, triste et baigne de larmes. Venait instruire l'avenir.
Ce dieu même, ce dieu qui fut homm^ au Calvaire,- £t qui, pour pardonner, renaissant immortel ,
SAINT JÉRÔME. i5i
Tous les jours à la voix d'nn pontife sMre Renaît homme et Dien sut l'autel ,
Avant de se coarber sous l'onde salutaire, Opposa la retraite à l'enfer irrite , Et courut au dësert sur son iront solitaire Rappeler sa divinité.
Cest ce même dësert qui recueillit Jërâme , Lorsqu'aux traces d'un dieu piur les hommes proscrit , Il traînait humblement les souvenirs de Rome A la crèche de Jésus-Christ.
Ainsi qu'un nautonnier battu d'un long orage, Il touche avec ivresse un rivage assure :
Et y frémissant encor des périls du naufrage , Baise trois fois ce bord sacré.
i52 SAINT JÉRÔME.
Il franchit du Garmel la cime auguste et sainte y^ De la foi dans ses mains agitant le flambeau; Il contemple Sion , et dans sa vaste enceinte
Ses yeux ne cherchent qu'un tombeau.
Sion de tout son peuple immense sépulture N'offre qu'un grand dëbris lugubre et solennel ; Sa mer pâle et muette et ses monts sans culture Attestent un deuil ëtemel.
« Où sont y s'ëcria-t-il, tes superbes portiques , « O Sion ! qu'as -tu fait de tes prospéritës? « Sion est sous la cendre et n'a plus de cantiques » « De temple et de solennité.
« Du jour où , s'echappant de la terre étonnée, « Ses morts vinrent en foule environner la crpix ,
S.AINT^JÉROME. i5S
« Aux enfants du tombeau Sion abandonnée « Demeure immobile et sans voix.
« Elle a vu d*un vainqueur la brutale insolence « Disperser sur les mers les dëbris du saint lieu : " H fallait un dësert et son vaste silence « Autour du sëpufcre d'un Dieu. »
Il dit , et dans la poudre où son front s*humilie Adore de ce dieu les vestiges rëcents , Médite de la croix la sublime folie* Et fait éclater ces accents :
« Je vois, je sens le Dieu ; c'est lui : tous ses miracles « ATentourent; tout son sang crie au fond de mon cœur ; « Le Dieu qui sur ces monts dispersa ses oracles, • Et promit son temple au vainqueur.
* Staltitiam eracis. Tut.
i54 SAINT JÉRÔME.
• Oh ! panni tes ôAxk cache mes destîoëes, « Sion y je te saine ému d'im saint respect.
• Rome et ses passions, à me suivre obstinées , « S'arrêteront à ton aspect.
« La» David soupirait s^ douleurs prophétiques ; • La y Dieu ravit Moise , et lui transmit sa loi ; « Jaoob est endormi sous ces voûtes antiques ; « L'étoile sainte luit sur moi.
« Comme un cerf altéré je cherche une onde pure « Eteins y 6 Siloé, mes profanes désirs. ...
« Le remords s'affaiblit , et tout l'homme s'épure « A travers ces grands souvenirs.
« Que peut opposer Rome à cf tableau sublime , « Rome, qui , de sa gloire usant tous les lambeaux ,
SAINT-JÉROME. x55
« Dmus ses fialais sanglants divitiise le crime ^ « Et n'a de ^çnnd que ses tombeavx!
• Imposant tes plaisirs à la terre outragée > « Des pleurs du monde en vain s'enivre ton orgueil : « D'or et de servitude avide f surchargée , « Rome, ton cœur est plein de deuil.
« La pompe de tes jeux n'a qu'une fausse joie; « Tout l'or des nations que tu cours asservir «Vainement à ton luxe offre une immense proie; « Il s'épuise sans l'assouvir. . .
« Mais les pleurs des vaincus ont grossi le nuage « Qui plane menaçant sur tes murs odieux...
« O prodige! la croix a conjuré l'orage,
« Il n'entraîne que tes faux dieux. —
i56 SAIN^ JÉRÔME.
« Reprends, chaste Sion, (es pompes solennelles : « Ton saint temple est debout ; lève un front rassuré. « Dieu lui-même a rouvert ses portes étemelles « A Tunivers rëgënërë. »
Se Jeune Poète à £euc:^^e.
Car jamais n« fat ni ne sera <|(ii se poisse tenir d'aimer , tant ^
qn'il 7 anra beaaté an ibonde et pnissanoe de reg^arder : veuille le ^ dien, qa'ezempts depasnoos noos décirifions cdies des autres I
UHgui. -^ tM, iTAMTOT.
O ma mare, pardon* si je suis sanseourage :
Pardon » je suis eonpable envers tes cheveux blancs | Te Toilà renre etleor : tu guidas mon jeune â^ , Et moi , }m me refuse à tes vieux pas tremblants.
Jvus LBFÈVRB.