‹ Poëmes et chants élégiaquesChapitre 28 sur 40 · LE JEUNE POETE · texte numérisé non relu

LE JEUNE POETE

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ou Xe^içcQej.

J % suis venu de M itylène , Où SaphO) comme moi , jadis eut son berceau : Neptune protecteur et les frères d'Hëlène Vers «a tombe sacrée ont guide mon vaisseau.

i6o LE JEUNE POÈTE

Du haut de ce rocher, mon regard te contemple. Sombre et dernier refuge où les dieux m*ont conduit , Vaste abyme des mers, qui viens baigner le temple Du Dieu cruel qui m*a sëduit.

Dieu redoutable de Tlsmène, Je t'apportais naguère une lyre et des fleurs : A tes pieds, aujourd'hui, le malheur me ramène... Et Sapho , je le sais, ne t'offrit pas des pleurs.

Recevez ma lyre impuissante, Flots bruyants de Leucade,oii je vais me cacher!.. Non , je retiens ma lyre, et ma main firëmissante

Ne saurait plus s'en détacher.

Tes cordes s'agitent encore , Ma lyre, que veux -tu ? qui t'a rendu ta voix? Qui t'a rendu le nom de celle que j'adore ?

Lyre, chante son nom une dernière fois.

A LEUCADE. i6i

O ma Nëère bien aimée, Où donc es-tu, Néère, au sourire charmant, Dont riapyx léger caresse mollement

La chevelure parfumée ?

Que tes regards sont doux lorsqu'ib tombent sur moi ! £t que tes pieds sont blancs , ô ma douce Néère ! Parmi nos chœurs sacrés, tu me vis la première; Je te vis à mon tour.. . , et ne vis plus que toi.

Apollon fut complice, il flatta mon délire:

N'as-tu pas , me dit-il , reçu de mes autels Une lyre aux chants immortels? — Et pour moi , cependant, qu'as-tu (siit 9 ô ma lyre ^

La fille de Lycus s'enivrait de tes sons ; Mais Lycus demandait où paissent mes génisses,^ Et sur quels bords heureux les vents frais et propices Font ondoyer mes prés ou mes blondes moissons.

i6a LE JEUNE POÈTE

Moi, quand je vis Nëère aux fêtes de Cybèle, Je ne m'informai pas si les champs de Lyciis Aux présents de G^rès mêlaient ceux de Bacckus ; Je regardai Nëère, et N^re était belle.

Oh ! que n'avais -je en ce moment Les palais d'Attalas pour ma jeune mattresse. Des tapis lydiens pour tenter sa paresse , Et le nectar de Chypre en Tonyx ëcûmânt!

Mais dans son vol diangeant la fortune est agile; L'or peut couvrir demain mes pënatès d'argiie. Qu'a dédaignes Lycus, que j'ai UMoiâits un jcMir^ Tant le oceur s'abandonne aux forellra de Famoar !

Dieux de mon toit de chàtime, h mes Lares antiques ! Pardonnez , si je meurs; à nos foyers rustiques

Néère ne veut point s'asseoir.

Triste quand le jour naît, plus triste encor le soir.

A LEUGADE. i6)

Elle aime mieux pleurer qu'afQiger son vieux père ; Et j'aime mieux mourir que vivre sans Nëère.

L'oiseau des nuits vient m'avertir; O ma lyre! tais- toi; l'ëclair a ceint ma tête. Laisse venir à moi les cris de la tempête Et des flots turbulents qui vont nous engloutir.

Taimais comme Sapho : j'ai dû mourir comme elle,

Apollon , Nëère à son tour, Tous mes dieux m'ont trahi ; viens, ma lyre fidèle,

Ces flots guérissent de l'amour.

£'!^um0ne.

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