‹ Poëmes et chants élégiaquesChapitre 35 sur 40 · LE CHATEAU DE PIERRE-FOND · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE PIERRE-FOND

I^rès de toi, sans me voir, tu m'entendras marcher. Suis-moi y suis-moi toujours et crains de m'approcher ; Dieu dëfend, tu le sais, cpi*ici rien nous rassemble: Il est un lieu pourtant ou nous serons ensemble... J*y serai la première , et viendrai te chercher.»

Voilà ce qu'elle dit sur ces hautes ruines; Et la cloche prochaine alors sonnait huit fois ; Et des vieux souterrains et des forêts voisines S'échappaient, par moments, de lamentables voix.

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£^ Prine.

LA PRIÈRE. 2i3

fa Ptière.

Vje sacrilège vœu tu n^as pu le former ;

Toi, mourir ! n*as-tu rien, dis -moi , qui te retienne ?

As -tu donc oublie que ta vie est la mienne?

N'as -tu pas un enfant qui grandit pour t'aimcr?

ai4 LA PRIERE.

Songe aux pauvres de ton \illage Qui demandent pour toi de longs et d'heureux jours ; Veux-tu leur retirer la main qui les soulage? Et que sous la chaumière on te pleure toujours?

Regarde, m'as -tu dit, quel dastin est le notre! Je le sais , comme toi; plus que toi j'en frëmis : Uu lien de malheur nous unit Tun à l'autre ; Mais le malheur me frappe et ne m'a point soumis.

Tu marches dans la vie avec indifférence, Dédaigneuse des biens qu'elle semble t'oflrir : Pourtant, si j'en dois croire une douce apparence , Tu retiens dans ton cœur un reste d'espërance : Oserais -tu prier, si tu voulais mourir?

Tu priais ce matin , dans la nouvelle.égUse, Qu'un jeyjke acacia couvre d'ombre et de fleurs :

LA PRIÈRE. 2i5

Oui, je t'avais suivie et mes yeux t'ont surprise :

Prier, c^esl espérer; f Éternel favorise

Nos vœux ^ui vont à lui tout baignés de nos pletirs.

Je t*ai vue entrer seule, inquiète, et voilée; Et de ton noble amour , timide devant Dieu , Pour le lui confier, chercher dans le saint lieu Une chapelle reculée.

Sur la chaise ioclinée, où ton corps s'appuyait , Tes lèvres ont baisé quelques feuilles bénies ; Et ta bouche tremblante, et tes deux maiAs unies, Et ton regard, surtout^ {Nriait.

Moi , j'étais à l'écart, à genoux sur la pierre ; Et ton recueillement, tes vœux mystérieux.

Montant vers l'Éternel^ du sein de la poussière, Emportaient avec eux mon ame toute entière.

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