‹ Poèmes et poésiesChapitre 20 sur 36 · NOCTURNE · texte numérisé non relu

NOCTURNE

Voici la nuit, vieille Lutèce.

Sur toi s'étend son ombre ; vois, Elle roule, et dans sa tristesse Bientôt étou fiera ta voix.

Encore une fois recommence Ton court sommeil plein de rumeurs.

Accroupi dans son ombre immense ; Le vieux Louvre endort ses clameurs

Allons, noire cité malsaine.

Ferme partout tes ateliers ; Rallume le long de la Seine Tes mille feux en escaliers.

Sans crainte, allons, en paix repose !

Repose, et dors bien cette nuit.

Éternel Sisyphe, une pause !

Ta pierre est lourde ; il est minuit.

La sueur de tes flancs qui fume, Comme un encens monte là-bas.

Pour prier sur toi, dans la brume Notre-Dame au ciel tend les bras.

Ton empereur sur sa colonne Veille, sentinelle d'airain, Sur son peuple qui tourbillonne , Ouvrant son œil calme, serein.

Ton soldat, ta croix catholique, La gloire et l'hymne trois fois saint, Ton César et ta basilique, Te gardent, debout dans ton sein.

A toi silence et quiétude.

— Ainsi se parle le passant .

Et soudain dans la solitude Se dresse le bronze puissant.

Saisi de respect, il s'arrête, Car il aime l'orgueil sans frein ; Et tremblant de terreur secrète, Il parle au guerrier souverain :

« N'est-ce pas que là, sur ton faite, Toi qu'on révère à deux genoux, Ton âme, à jamais satisfaite, Pendant la nuit veille sur nous ?

« N'est-ce pas, ton ombre est contente ? Et, tranquille, tu mets la main Sur ta poitrine palpitante ?

Réponds, empereur surhumain. »

Mais de la colonne spirale

Sort comme un long gémissement.

On dirait un Titan qui râle

Sous le fardeau d'un noir tourment.

— « Jusqu'aux deux ta gloire est montée, César au front étincelant ; Quel nouveau vautour, Prométhée, Fouille encore au fond de ton flanc ?

« Quel fleuron, orgueilleux sublime, A ta couronne est oublié?

Comme l'aigle au haut de sa cime, On te contemple, émerveillé.

« Sables brûlants, neiges humides, Ont crié sous toD long chemin ; Du vieux Kremlin aux Pyramides, Tout ploya sous ta large main.

« Il n'est pas sur l'immense terre Un écho qui n'ait dit ton nom ; A toi, sur ton pic solitaire, Que manque-t-il, Napoléon ?

« Quelle étoile, si ce n'est celle Qui t'a marqué d'un sceau fatal, Quand, la nuit, le ciel étincelle, Suis-tu donc, de ton piédestal? »

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