LA STATUE
« Sur cette terre ma mémoire Est éternelle, je le sais ; Elle redira mon histoire ; Mais, pour moi, ce n'est pas assez !
« Toutes les nuits, là, sur ma tète, 0 spectacle décourageant !
Des mondes dans leur paix muette Dardent sur moi leurs yeux d'argent.
« De tout ce peuple qui palpite D'astres sans nombre où tout se tient, Oui, la terre est la plus petite ; La terre seule m'appartient !
« Sujet d'éternelle souffrance !
Mon nom, planant sur l'Océan, A la terre comme la France. . , Et tout cela n'est que néant !
« Tu n'es rien, ô pauvre planète Qui tremblas un jour sous mes pas ; Je te méprise... Sur ma tête, Là-haut, on ne me connaît pas !... »
Et de sa poitrine brisée Sortit encore un long soupir :
Désespoir d'une âme écrasée Qui n'a plus même l'avenir !
— « Souffre donc ! — les deux tours jumelles Toutes noires d'antiquité, Nous restent au moins ; et comme elles A jamais survit leur beauté.
« Et là, dans leurs niches de pierres, Tous les saints, quand revient la nuit, Entrouvrant alors leurs paupières, Le nimbe au front, veillent sans bruit.
« C'est pour nous que la cathédrale Lève ses deux bras de granit ; Pendant que luit sa lampe pâle, C'est son peuple qu'elle bénit. »