‹ Poèmes et poésiesChapitre 21 sur 36 · LA STATUE · texte numérisé non relu

LA STATUE

« Sur cette terre ma mémoire Est éternelle, je le sais ; Elle redira mon histoire ; Mais, pour moi, ce n'est pas assez !

« Toutes les nuits, là, sur ma tète, 0 spectacle décourageant !

Des mondes dans leur paix muette Dardent sur moi leurs yeux d'argent.

« De tout ce peuple qui palpite D'astres sans nombre où tout se tient, Oui, la terre est la plus petite ; La terre seule m'appartient !

« Sujet d'éternelle souffrance !

Mon nom, planant sur l'Océan, A la terre comme la France. . , Et tout cela n'est que néant !

« Tu n'es rien, ô pauvre planète Qui tremblas un jour sous mes pas ; Je te méprise... Sur ma tête, Là-haut, on ne me connaît pas !... »

Et de sa poitrine brisée Sortit encore un long soupir :

Désespoir d'une âme écrasée Qui n'a plus même l'avenir !

— « Souffre donc ! — les deux tours jumelles Toutes noires d'antiquité, Nous restent au moins ; et comme elles A jamais survit leur beauté.

« Et là, dans leurs niches de pierres, Tous les saints, quand revient la nuit, Entrouvrant alors leurs paupières, Le nimbe au front, veillent sans bruit.

« C'est pour nous que la cathédrale Lève ses deux bras de granit ; Pendant que luit sa lampe pâle, C'est son peuple qu'elle bénit. »

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