‹ Poèmes et poésiesChapitre 23 sur 36 · SOIR D'ETE · texte numérisé non relu

SOIR D'ETE

La fenêtre sur la nuit s'ouvre Au fond du sombre corridor, Une brume d'argent recouvre Le jardin où tout bruit s'endort.

Le vieux marronnier sous la brise Incline son panache blanc Dans l'eau du bassin qui s'irise D*un rayon de lune tremblant.

Le passé frissonne en mon être.

Comme pour la première fois, Dans mon âme je sens renaître Les anciens rêves à la fois.

Oh ! qui fera, dans ce silence, Eclater les bruyants accords D'un concert caché, d'où s'élance La voix stridente des grands cors !

Là-bas, quels archets fantastiques, A Titania, pour son bal, Avec ses gammes chromatiques Chanteront l'air du carnaval!

Ce soir, quel orchestre invisible, A minuit, sur les nénuphars, Jouera la walse irrésistible Pour les willis aux fronts blafards ?

De ce chêne brisant Fécorce, Ivre d'amour, quel segypan, Devant Phœbé tordant son torse.

Entonnera l'hymne de Pan ?

Mais Pan est mort ! La blanche Hellade Pleure encor ce dieu des roseaux ; Et ce n'est que dans la ballade Que les willis sortent des eaux.

Nul sylphe dans l'air ne respire ; Et les lutins tournant en rond, Seulement dans le vieux Shakespeare Dansent aux noces d'Obéron.

— Mais le démon, à mon oreille, Siffle, avec un rire moqueur, L'air qui par une nuit pareille Pour toujours a fondu mon cœur.

Et toute la nuit, dans l'allée, J'ai vu, comme des spectres blancs, Les vieux bonheurs en troupe ailée Passer livides et hurlants.

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