‹ Poèmes et poésiesChapitre 26 sur 36 · A UN POÈTE MÉDIOCRE · texte numérisé non relu

A UN POÈTE MÉDIOCRE

Quelle fureur te prend, misérable rimeur, D'aligner vers à vers ta pensée inutile ? Qu'importe ton caprice, ou ta mauvaise humeur? Le monde te bafoue. — Au bruit de ton dactyle,

Haussant sa large épaule, et tordant son sourci, Le passant sérieux, l'homme grave, et qui compte, Se sauve et prend pitié du fou dont le souci Est la rime d'un vers ou l'intrigue d'un conte.

Pour qui donc chantes-tu, vil poète ? aimes-tu Toi-même assez tes chants et tes rêves stupides, Pour les relire encor quand ton cerveau s'est tu ? Non. Toi-même, en grinçant, au jour tu te lapides. Tu te mets à douter de tout, de ton talent, De tes dieux, de ton cœur, de ton amour peut-être. Pour étreindre le beau tu bats ton propre flanc ; Mais en vain. — 0 poëte! es-tu certain de l'être?

Ah ! qui te guérira de ce mal ridicule ? Dégoûté de toi-même, indifférent à tout, Épris d'un songe vain qui sans cesse recule L'angoisse, ce cancer rongeur, te suit partout. Malheureux î un vertige implacable t'entraîne. Mais sous le rire épais du vulgaire éternel, Lorsque tu tomberas tout sanglant dans l'arène, Ce sera sur le dos, la face vers le ciel.

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