‹ Poèmes et poésiesChapitre 27 sur 36 · MANDOLINE · texte numérisé non relu

MANDOLINE

Madame, aimez-vous les contes d'amour ?

Moi, je hais l'amour ; c'est une folie ! — Chantez-moi, dit-elle, ô beau troubadour, Une chanson vieille et pourtant jolie.

Au vieux donjon sonne minuit.

C'est l'heure où tout dort sur la terre. La châtelaine, dans la nuit.

Rêve à son balcon solitaire.

— « De moi, mon époux n'a souci, Hélas ! que fait-il à cette heure ?

Tout le jour je suis seule ici. »

Elle dit, et soupire, et pleure.

Madame, aimez-vous ce conte d'amour?

Moi, je fuis l'amour ; l'amour est folie! — Poursuivez, dit-elle, ô beau troubadour ; Cette chanson vieille est pourtant jolie.

Elle dit, et pleure, et soudain Frémit d'une terreur secrète.

D'un cheval le galop lointain S'approche. A ses pieds il s'arrête.

Elle voit un noir cavalier.

Pleine d'une angoisse mortelle,

Vite, elle descend l'escalier....

— a Ce n'est pas mon mari ! dit-elle. »

Madame, aimez-vous les contes d'amour?

Vouloir fuir l'amour, n'est-ce pas folie? — Poursuis, si tu veux, ô beau troubadour ; Pourtant je suis jeune, et pourtant jolie.

— « Ce n'est pas ton époux ; c'est moi ! Moi, qu'autrefois, femme oublieuse, Ton cœur aimait. J'avais ta foi.

Tu m'embrassais toute joyeuse.

« Pour te chercher je suis venu ; Si tu me suis, je te pardonne.

C'est le jour, le jour convenu.

Tu ne dis rien ; tout m'abandonne ! »

Madame, aimez- vous ce conte d'amour ?

Si je vous aimais, ce serait folie!

— Pourquoi donc? je vaux, je crois, sans détour,

Mieux qu'une chanson, fût-elle jolie.

— « Tu ne dis rien ! » — a Ah ! s'il rentrait. De crainte mon âme est frappée. »

— « Toujours muet il resterait ; Car j'ai pris sur moi mon épée. »

— « Non. Ce serait un crime affreux. »

— « Ah ! tu ne m'aimes plus, perfide ! Eh bien vois ! j'expire à tes yeux ;

En avant, mon cheval rapide ! »

Vous n'aimez donc pas les contes d'amour ? De vous regarder j'ai fait la folie !

— Veux-tu, dit la dame, ô beau troubadour, Être aimé de moi? Vois, je suis jolie.

En avant ! et toute la nuit Le cheval passe comme une ombre Que toujours un démon poursuit, Par les prés, par la forêt sombre.

Le lendemain, pâle d'effroi, Sous sa fenêtre, l'infidèle Vit son cadavre roide et froid, Le cavalier mort sur la selle.

Ah! l'amour vaut mieux qu'un conte d'amour. Moi, je vous adore ; hélas ! c'est folie ! — Aime-moi, dit-elle, ô beau troubadour; Infidèle ou non, suis-je moins jolie?

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