‹ Poèmes et poésiesChapitre 29 sur 36 · PANDORE · texte numérisé non relu

PANDORE

L'enfant gâté des dieux, la fille de Vulcain,

La femme aux longs cheveux qu'un divin rayon dore,

Parut, dit-on, un jour, une boite à la main ;

Et l'homme, prosterné; pleura devant Pandore.

Il adorait, tremblant, .cette immortelle aurore. Tous les maux à la fois sur lui pleuvaient en vain ; Qu'importe? l'espérance au fond restait encore, Et le bonheur perdu pouvait briller demain !

Plus belle que Pandore aux yeux pleins d'innocence, Plus d'amour et de maux s'attachent à vos pas ; Et malheur à celui dont l'amour vous encense !

Car pour lui rien ne reste après tant de souffrance ; Le dernier don, pour lui, vous ne le gardez pas ; Tout s'envole aussitôt, tout, jusqu'à l'espérance !

SALMAGIS

Dans la source d'eau vive où dormait Salmacis, L'enfant qu'elle adorait, le blond Hermaphrodite, Trempant son beau pied nu, sur le gazon assis, Ecoutait sa chanson par les échos redite.

La nymphe, à ce doux chant qui la berce et l'agite, S'éveille, au fond l'entraîne ; et leurs corps indécis Se fondent en un seul ; et son sein blanc palpite Sur ce corps de jeune homme aux contours adoucis.

Dans le fleuve enchanté qu'on nomme Poésie, Ainsi, quand par la main la Muse vous conduit, Dans un charme inconnu se fond lame saisie.

Dans son cœur, comme un chant d'amour pendant la nuit,

Le poëte surpris sent palpiter la femme;

Et pourtant son front mâle est baignée d'une flamme.

LE COR

Connaissez-vous rien de plus triste Que le son du cor dans les bois ?

Quand le cerf, forcé dans sa piste, Dans les halliers fuit aux abois.

Déjà la nuit couvre la plaine.

Les grands chênes dans la forêt S'effacent ; et, perdant haleine, La chasse passe et disparaît.

La meute hurle ; les clairières S'emplissent de hourras vainqueurs ; Les chevaux, sautant les barrières, Hennissent aux cris des piqueurs.

Dans les profondeurs du bois sombre La victime expire en pleurant.

Cependant l'hallali, dans l'ombre, Jette sa note au son navrant.

On dirait ce grand cor d'ivoire Qu'à Roncevaux sonnait Roland; L'appel qu'au bord de la nuit noire Poussait son âme en s'exhalant ;

Ou qu'aux lèvres de Don Ruy sonne Le cor de cuivre d'Hernani, Qui près de Dona Sol frissonne, Et tout bas dit : Tout est fini !

Le cor sonne ! Roland expire ; Le cor sonne ! Gomes attend ; Le preux est perdu pour l'empire ; Dans son bal Hernani l'entend.

Ecoutez ! c'est quelqu'un qui râle :

Ecoutez ! quelqu'un va mourir.

Dans l'air une voix sépulcrale...

Puis le calme, où tout va dormir !

— Oh ! c'est lui, mon amour, qui tombe Sous mes désirs hurlant encor ; Mon triste amour, près de sa tombe, Qui dans mon cœur sonne du cor.

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