ARIANE
A Frankfort dans un boudoir rose, Sous un vitrage gracieux, Est un marbre divin, qu'arrose Un pur rayon venant des cieux.
C'est une femme jeune encore.
Fort belle ; et dont la nudité, Que la sainte pudeur décore,.
Fait valoir toute la beauté.
Chose étrange ! un sourire plisse Ses lèvres au charmant contour ; Dans ses yeux une larme glisse ; Elle pleure, et rit tour à tour.
Dans sa pose pleine de grâce.
Elle regrette et se souvient ; Tout en pleurant de sa disgrâce, Sur sa bouche un baiser revient.
Pour toujours l'amant infidèle S'est enfui sur la vaste mer ; Le flot tristement autour d'elle Lui renvoie un soupir amer.
Vers un royaume il court, il vole ; Mais il emporte un noir tourment.
Fidèle, sur ce roi frivole, Elle, pleure éternellement.
0 marbre ! la foule étonnée, En t'admirant, a reconnu Ariane l'abandonnée, Dont l'amant n'est pas revenu .
Mais à ton aspect, le poëte, Repassant ses jours à la fois, Tout bas se dit, baissant la tête :
« Est-ce ma muse d'autrefois ! »