‹ Poèmes et poésiesChapitre 11 sur 43 · LES HIRONDELLES · texte numérisé non relu

LES HIRONDELLES

Jouez-vous, noires hirondelles, Dans les derniers feux du soleil ; J'aime entendre, ô troupes fidèles, De vos cris le joyeux éveil.

Le rayon qui dore vos ailes D'un éclat limpide et vermeil, Expire en des flots d'étincelles, Au bonheur des humains pareil.

Suivez votre vol qui tournoie; Demain reviendront et la joie Et le jour peu de temps caché.

Mais combien d'âmes solitaires Vont pleurant, sur ces tristes terres, Leur soleil à jamais couché.

LE Ce4T V^O%D.

•O voyageur! pourquoi te hâter dans ta route? Pourquoi toujours errer de l'espérance au doute,

Et du rêve au néant?

Pour aboutir au point où, debout sur la plage, Tu n'apercevras plus que la mer sans rivage

Et le gouffre béant !

O voyageur ! tes pas ont franchi la Norwège ;

Le cap Nord s'est dressé devant toi, sous la neige,

Battu des flots amers.

Qu'as-tu vu? des rocs noirs, masses stratifiées,

Gigantesque chaos, flammes pétrifiées Qui s'élancent des mers.

Aucun être vivant n'ose habiter ces crêtes ; Sur le cap désolé rugissent les tempêtes,

Les vents sont déchaînés.

Tantôt un brouillard sombre enveloppe les cimes, Tantôt se déchirant, il montre des abîmes

Et des rocs décharnés.

Au désert africain ceux que la soif dévore, Sous le soleil ardent gardent l'espoir encore,

Même au sein des douleurs* Car l'hospitalité des tribus musulmanes Promet le ruisseau pur et l'ombre aux caravanes

Dans l'oasis en fleurs.

Ici, pas un rayon qui dans le cœur s'allume; Ici, rien que les rocs, les ouragans, la brume,

L'obscurité du Nord; Ce que serait enfin, si Dieu brisait la terre, Le cadavre d'un monde à jamais solitaire,

Inhabitable et mort.

Ici, le désespoir assombrit la pensée;

C'est un manteau de plomb qui tient l'âme glacée,

Qui l'accable et l'étreint.

Tout ajoute aux horreurs de cet ennui sans borne, Jusqu'à ce lac qui dort là-bas, livide et morne,

Dans un cratère éteint.

Mais comme il faut que Dieu ne soit pas implacable, Qu'il plaigne à leur insu ceux mêmes qu'il accable

De toutes ses rigueurs, Qu'il mêle un peu d'espoir aux horreurs du martyre, Et répande en secret l'aumône d'un sourire

Dans les plus tristes cœurs,

Quand le soleil avare à travers les rafales Laisse parfois glisser quelques rayons moins pâles Dans cet abîme obscur,

Le bleu myosotis, dernière fleur des pôles, Fleur des doux souvenirs, ouvre parmi les saules Ses étoiles d'azur.

Juillet 1848.

LOI^C T)V MOV^VE.

Ne rêve plus, mon cœur, de gloires insensées;

Sois calme et pur; Crains l'éclat, rétrécis ton cercle de pensées

Au chaume obscur; De ton âme et de Dieu fais ton unique étude ;

Loin du grand jour, Nourris-toi, dans la paix et dans la solitude,

D'ombre et d'amour.

Toute gloire est pareille à la rose brillante

Qui nous sourit, Mais qui laisse à nos doigts une trace sanglante

Et se flétrit. O Bonheur ! je te vois assis sous l'humble vigne

De la maison, D'où ton sourire aimant m'appelle et me fait signe

A l'horizon.

Me voilà! me voilà! pourquoi donc tarderais-je

A revenir?

Dieu seul, dont aujourd'hui la bonté nous protège,

Voit l'avenir.

Ce que le sort voilé dans ses mains nous apporte,

Lui seul l'a mis; Lui seul sait si les jours qui heurtent à la porte

Nous sont amis.

Puisque le temps présent est doux, laissons-nous vivre

En nous aimant; Savourons à loisir la coupe où nous enivre

Le Dieu clément-

78 LIV RE DEUXIÈM I .

Puis espérons en Lui, qui nous a fait la vie

Tant à souhait, Que tel, dont le bonheur semble un objet d'envie,

Nous l'envîrait.

Réservez-moi, Seigneur, un sort toujours le même;

Je ne veux rien.

Un petit coin à l'ombre, une épouse que j'aime,

Voilà mon bien.

Daignez donc protéger ma retraite isolée ;

Faites mes jours Semblables au ruisseau qui suit, dans la vallée,

Son faible cours.

Jamais hors de son lit il n'emporte son onde

Avec fureur; Jamais il n'envahit la prairie et n'inonde

Le laboureur.

Il va, parmi les fleurs, sans que son frais murmure

Soit entendu; On ne voit même pas, sous l'épaisse verdure,

Son flot perdu.

On cherche en vain pourquoi les herbes sont plus vertes

Au bout du pré, Et pourquoi son tapis de plus de fleurs ouvertes

Est diapré; Car le ruisseau caché, qui gazouille insensible

Dans ce beau lieu, Inconnu du vulgaire, est seulement visible

A l'œil de Dieu.

Août 1850.

cA moA SECONDE éME%E, Mme VICTOIRE RICHER.

QUE le peuple crédule admire L'orgueil et le hautain sourire Du publicain ivre de soi, Qui donne en criant à la foule : « Voyez! l'or de mes mains découle; Je suis généreux comme un roi! »

Qu'il admire ces grands du monde, Pour qui nul orage ne gronde, Pour qui nuls malheurs ne sont faits , Dont l'aumône est un vain caprice Et qui n'ont d'aucun sacrifice Payé leurs fastueux bienfaits.

Le monde est leur unique oracle; Leur charité n'est que spectacle.

En vérité je vous le dis, Ils ont reçu leur récompense, Et leur bienfait, vaine semence, Tombe sur des rochers maudits.

fio LIVRE TROISIÈME.

Ceux qui mériteraient des temples, Ceux dont les sublimes exemples Devraient fructifier en nous, Nobles cœurs que toutes les races Devraient suivre en baisant leurs traces, Et ne nommer qu'a deux genoux ;

C'est le bienfaiteur qui se cache, Le Samaritain qui s'arrache Son dernier vêtement de lin, La veuve de la parabole Qui porte son unique obole Dans le trésor de l'orphelin;

C'est cette âme mystérieuse, Chère à la pauvreté pieuse, De qui Dieu seul dirait le nom; Qui, dans son dévoûment sublime, Rougit, comme d'autres d'un crime, De sa généreuse action ;

C'est celle qui travaille et veille, Qui sur l'épargne de la veille Met l'épargne du lendemain, Econome pour elle-même, Prodigue aux indigents qu'elle aime De l'or amassé dans sa main ;

Ce sont enfin ceux à qui coûte Le bienfait sué goutte à goutte, Né du long travail de leurs bras; Ceux-là, dans le séjour de l'homme, Passent sans qu'une voix les nomme; Ils craignent l'écho d'ici-bas.

Cependant leurs mains toujours sûres Guérissent toutes les blessures, Leur bonté tarit tous les pleurs, Et leur nom, à travers son voile,

Comme une consolante étoile, Brille dans la nuit des douleurs.

A ceux-là Dieu réserve un trône

Les anges pèsent leur aumône

Dans la balance du Seigneur;

Au bienfaiteur humble et modeste

Appartient la gloire céleste,

Car le ciel même est dans son cœur !

A une jeune mère.

LqA C%ÈCHE,

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