‹ Poèmes et poésiesChapitre 13 sur 43 · EN L'HONNEUR DE · texte numérisé non relu

EN L'HONNEUR DE

M6r le duc d'Aumale et de M. l'abbé Bossubt, élus membres de la Société des bibliophiles français.

Messieurs, portons ensemble un toast au plus beau livre,

Un livre à faire envie, à rendre à jamais ivre

L'amateur bienheureux qui le possédera !

Je ne sais quel artiste autrefois le para,

Plus grand que Pasdeloup, Derôme ou Clovis Eve.

En dentelle, en rinceaux, sur le vélin s'enlève,

Et sur le maroquin, un or historié.

De chiffres, d'écussons, il est armorié.

La tranche, ciselée avec art, se marie

Aux fermoirs refouillés d'or et de pierrerie.

Voici pour le dehors. Ouvrez des yeux ardents,

Et je vais vous montrer ce qu'on trouve au dedans.

Quel phénix cherchez- vous ? Un manuscrit antique?

Un vieux vélin pourpré, byzantin ou gothique?

L'un de vous peut rêver son désir le plus cher.

L'incunable de Fust ou celui de Schoeffer,

Un Aide, un Jean de Tourne, un Elzévier? Cet autre,

Des heures de Tory, de Pigouchet, de Vostre?

Est-ce un conteur exquis? Est-ce un historien?

Est-ce encore un roman chevaleresque, ou bien

Le trésor inconnu d'une noble Chronique?

Oui, tout cela, plus même est dans ce livre unique,

Qui, toujours s'accroissant, n'est jamais complété;

Car ce beau livre, c'est... notre Société.

Dans ce livre où s'écrit chaque jour notre histoire,

Chacun a son feuillet, qui garde sa mémoire.

Par la gloire ou le rang les uns, déjà fameux,

Nous apportent l'éclat de leurs noms grands comme eux.

Ceux-là sont notre honneur. D'autres (je suis du nombre)

Au reflet de ces noms illuminent leur ombre,

Non point jaloux, mais fiers de pouvoir se parer

D'un voisinage heureux qui les fait honorer,

Fiers d'occuper aussi leur place à cette table,

Où la grâce charmante et le savoir aimable

Tiennent leur cour plénière ; où règne la beauté

Qui provoque l'esprit et contient la gaîté.

O livre ! notre orgueil ! nous avons sur tes pages

Inscrit ce soir deux noms qui veulent nos hommages,

L'un de l'Aigle de Meaux est l'héritier pieux,

Et porte dignement ce fardeau glorieux.

L'autre élu, celui-là Roi des Bibliophiles,

Depuis longtemps déjà manquait à nos conciles :

Ce n'est pas comme prince et fils d'un souverain,

Ni comme général au cœur bardé d'airain,

Ni comme historien dont la main occupée

S'escrimait de la plume à défaut de l'épée ;

S'il veut notre suffrage et s'assoit parmi nous,

C'est comme ami du livre et premier entre tous.

Fallait-il qu'il nous vînt en ces temps de souffrance

Où l'ennemi vainqueur pèse encor sur la France,

Où Paris, que trois mois la discorde broya,

Est aux yeux de l'Europe une autre Alésia !

O Vercingétorix, homme aux larges épaules,

Qui soutins à toi seul le poids croulant des Gaules,

lao FLEURS DK FRANCE.

N'as-tu donc pas laisse quelque fils de ton sang,

Pour relever la France et lui rendre son rang?

Si tous les tiens sont morts, n'est-il pas une race

Qui de Charles Martel retrouvera la trace?

Celui qui combattit, comme les Scipions,

Les enfants d'Annibal au pays des Lions;

Celui qui, rejeté d'une ingrate patrie,

Vouait encor sa plume à la France chérie,

Et, sous les flots du temps que son œil a sondé,

Ressuscita pour nous la gloire des Condé,

Ecrivain et soldat, que celui-là se lève!

L'héritage immortel des Condé, c'est leur glaive...

Et nous retrouverons, comme aux jours du Grand Roi,

Les chemins de Fribourg, Nordlingen et Rocroi !

Paris, icr février 1872.

LqA zME%E c4(Bq^V-CDOV^V^ÉE.

Seule dans la déserte lande, Les flancs meurtris et déchirés, Une femme, en sa douleur grande, Poussait des cris désespérés.

Elle mettait un fils au monde Et se mourait dans l'abandon, Sans une voix qui lui réponde, Criant à Dieu grâce et pardon !

« Par les souffrances de Marie, Par les douleurs du Crucifix, Dieu bon, Dieu sauveur, je vous prie, Recevez la mère et le fils! »

Puis de sa paupière expirante Une larme soudain jaillit, Et baigna, perle transparente, Le nouveau-né, qui tressaillit.

Jésus au pauvre être éphémère Entr'ouvrit le ciel triomphant ; Car le dernier pleur de la mère Servit de baptême à l'enfant.

Janvier 1874.

T>ESTET{(iAV£ZcA.

On conserve des fleurs qui, par le temps séchées. Enivrent d'un parfum qu'on ne peut définir; On cherche en son passé des angoisses cachées, Lambeaux sanglants et morts, mais chers au souvenir.

C'est un plaisir amer, aux heures où l'on souffre, De jeter en arrière un regard éperdu, Et marin naufragé, de contempler le gouffre Où, sous les flots calmés, dort le vaisseau perdu.

CLEtMEVCCE ISoâU%E.

POÈME Lu en séance publique le 3 mai i855,

Page 1