‹ Poèmes et poésiesChapitre 14 sur 43 · A L'ACADÉMIE DES JEUX FLORAUX DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

A L'ACADÉMIE DES JEUX FLORAUX DE TOULOUSE

Dedans un pré, je vis une Naïade Qui, comme fleur, marchent dessus les fleurs, Et miguotoit un bouquet de couleurs...

Pierre de Ronsard.

Etait-ce un rêve, était-ce une réalité }

Je suivais les détours d'un vallon enchanté,

Et j'allais m'enivrant, pensif et solitaire,

A la brise éthérée, aux parfums de la terre.

Le ciel semblait creusé dans un vaste saphir,

Et les fleurs ondulaient au souffle du zéphyr.

O Mai! doux enchanteur, mois où tout se réveille,

Que ta riche parure était vive et vermeille !

Jamais la grande main qui peint l'émail des fleurs

Ne t'avait embelli de plus fraîches couleurs;

Jamais les papillons, les mouches, les abeilles

N'avaient goûté de miel si doux dans tes corbeilles!

Tout vivait. Dans les champs, dans les prés, dans les bois,

Chaque fleur fraîche éclose avait pris une voix.

L'Églantine disait : « C'est moi que l'on admire,

Moi la fleur du savoir, moi la fleur du bien-dire;

C'est moi qui persuade et qui retiens captifs,

Aux pieds de l'orateur, les hommes attentifs.

Celui qui me reçoit, mystérieux symbole,

Voit la foule soumise écouter sa parole.

On dirait que sa langue, en son magique essor,

Attache l'auditoire avec des chaînes d'or. »

— « Je suis une humble fleur, disait la Violette;

J'aime ù m'épanouir sous une ombre discrète;

Mon parfum délicat, dans les bois égaré,

S'exhale bien souvent sans être respiré.

Mais, en ses jeux sacrés, si Clémence me cueille,

Un prestige secret vient enrichir ma feuille.

Reines du gai savoir, les Muses souriront

Au poète inspiré dont j'ornerai le front. »

— « Oses-tu bien sortir de l'herbe, Plante agreste, aux sombres couleurs ?

Depuis quand deviens-tu superbe, Toi, la plus modeste des fleurs !

C'est moi, l'Amarante hautaine, Qui ne fleuris qu'au grand soleil, Moi qui, vers la céleste plaine, Elève un panache vermeil; C'est moi qui couronne la lyre Du poète, dont le délire Chante les rois et les guerriers.

La fleur de Pindare et d'Horace, L'Amarante ne s'entrelace Qu'avec les rameaux des lauriers ! »

« Mes sœurs, dit une Primevère ;

L'une et l'autre vous savez plaire.

Votre destin est beau; pourquoi le gâtez-vous

Par des transports envieux et jaloux ?

Vous avez la splendeur, glorieuse Amarante ; Vous, Violette, le parfum.

Ma fortune est bien différente; Vous avez des trésors; je n'en possède aucun. Je suis sans odeur et rampante, Et pourtant, de mon sort contente, J'abandonne aux humains la rancune et le fiel. Imitez-moi; sans orgueil, sans envie, Gardez le rang où vous plaça le ciel,

C'est l'art d'être heureux dans la vie. »

Plus d'une fleur encore, aux champs, dans la forêt,

Sous la brise de mai doucement murmurait.

L'Œillet, pour composer son ardente ambroisie,

Semblait prendre un parfum de chaque poésie;

A l'écart, un Souci répandait dans les airs,

Soupirs d'un cœur blessé, de suaves concerts.

Il disait une amour ineffable et discrète,

Née, aux jours du printemps, aux chansons d'un poète.

A ces chants animés d'une molle langueur,

La bien-aimée enfin laissait fléchir son cœur;

Puis c'étaient les échos de tendres rêveries,

Ces mots entrecoupés qu'au soir, dans les prairies ;

Sous l'yeuse et le saule, avec de longs serments,

En se donnant des fleurs, échangent les amants.

Soudain tout se taisait... la harpe était brisée,

Des larmes se mêlaient aux pleurs de la rosée...

Qu'était-il devenu, le jeune Ménestrel ?

Pourquoi ces chants suivis de ce deuil éternel ?

Et pourquoi l'Elégie, en sa triste cadence,

Soupirait-elle encor le doux nom de Clémence ?

Mais le Souci penchait son front silencieux,

Quand une odeur suave, un chant délicieux

i^+ FLEURS DE FRANCE.

Sur l'aile du Zéphyr coururent par la plaine : Le Lis à son parfum mêlait sa cantilène :

« Je suis le Lis des champs, la splendeur des déserts. Dieu m'a fait ma couronne; il a tissu lui-même Mon vêtement, qui passe, en sa beauté suprême, Les pompeux ornements dont les rois sont couverts.

« Sur ma tige élégante, élancé dans les airs, J'aspire au ciel; je suis votre candide emblème, Sainte Vierge Marie, et Clémence, qui m'aime, A fait de moi le prix des plus chastes concerts.

« Elle m'offre à celui qui chante vos louanges, Et l'on dit que son âme, aux mystiques douleurs, Revient, au mois de Mai, s'incarner dans mes fleurs.

« Ainsi l'hymne qui monte à vous, Reine des Anges, Porte encore à vos pieds, harmonieux mélanges, Son âme et mon parfum ; ma rosée et ses pleurs ! »

Et moi : — « Me direz-vous, 6 Fleurs harmonieuses ! Quel esprit tait parler vos corolles soyeuses ? Vos parfums, dispersés par la brise de Mai, Ne m'apportaient jadis qu'un murmure embaumé, Et non pas ces soupirs ni ces voix sans pareilles, Dont l'aimable harmonie a charmé mes oreilles. Pourquoi donc aujourd'hui comprends-je vos accents, Dont nul homme, avant moi, n'a pénétré le sens? Chantez, chantez encor; car j'aime à vous entendre. Dites-moi, s'il se peut, de votre voix si tendre, Quelle est cette Clémence, objet de tant d'amour, Que vos ardents soupirs invoquaient tour à tour ? Et toi, Clémence, et toi, qui sers aux fleurs de Muse, Es-tu quelque Circé puissante, qui s'amuse, Par ses enchantements, à troubler l'univers ? Dans les magiques fleurs de ces prés toujours verts, Retiens-tu prisonniers ceux qui t'ont adorée?

Muse, magicienne, ou déesse ignorée,

J'ai besoin de te voir, je t'aime; en toi je crois!

Je t'invoque! parais !' parle ! qui que tu sois! »

— « Moi? je suis une enfant, une vierge naïve,

Et je viens pour montrer, à vous que j'aimerai,

Et ma grâce et l'attrait du séjour d'où j'arrive.

Ma demeure est au ciel, et j'y retournerai;

Mais j'aime à m'enivrer de poétiques flammes,

Et celui qui me voit sans être énamouré

Ne comprendra jamais la Muse au luth sacré,

L'esprit harmonieux, qui chante dans les âmes.

Chaque étoile du ciel, qui se mire en mes yeux,

De son charme divin et de ses feux m'inonde.

Si ma chaste beauté paraît étrange au monde,

C'est que je viens d'en haut ; c'est que j 'habite aux cieux.

Et je serai toujours un secret pour la terre,

Et mon cœur n'ouvrira son voile de mystère

Qu'à celui qui saura mériter mon amour!... »

Ces mots, je les lisais sur les lèvres d'un ange. Qui m'apparut venant du céleste séjour.

Et je m'abandonnais à cette vue étrange, M'enivrant d'un bonheur qui charme et fait mourir, Quand je reçus dans l'âme une cruelle atteinte, De ces yeux où les miens s'étaient mirés sans crainte, Et je me lamentais, sans pouvoir me guérir.

Cependant, elle allait, foulant l'herbe nouvelle, Et l'herbe sous ses pas reverdissait plus belle; Puis elle s'inclinait et, de sa douce main, Elle cueillait les fleurs le long de son chemin. D'un voile transparent moins couverte qu'ornée, Sa tête aux cheveux noirs, de lauriers couronnée, Son front candide et pur, son visage riant, Sa bouche où rayonnaient des perles d'Orient, Tout ce je ne sais quoi qui séduit et fascine, Surtout ces yeux, brillants d'une flamme divine, Me brûlaient, et pourtant m'attiraient de nouveau,

viù 1LEURS DE FRANCE.

Comme le papillon qui revient au flambeau.

Un manteau vert tombait flottant sur ses épaules,

Pareil à ces rameaux que balancent les saules;

Sa robe avait L'éclat du ter dans le foyer.

Moi, sentant mon cœur battre et mes genoux ployer,

Sans oser lui parler, je pensais : — « Ange ou femme,

Votre charmant visage annonce une belle âme.

Daignez vous approcher; daignez m'entretenir.

Dans ce vallon sacré j'aime à vous voir venir,

Telle que Béatrice apparaissait à Dante

Sorti du Purgatoire et de la flamme ardente.

L'air était pur aussi : la prairie alentour

Embaumait et, sur l'herbe, aux feux naissants du jour,

Comme vous, elle errait dans la verte clairière,

Cueillant par le chemin sa moisson printanière. »

La Dame, qui lisait en mon cœur mon émoi,

Devina ma pensée et s'avança vers moi,

Sur les petites fleurs jaunes, blanches, vermeilles.

Or mon front s'empourprait devant tant de merveilles ;

Car elle avait levé les yeux, et ses regards

S'enfonçaient dans mon cœur qu'ils perçaient de leurs dards.

Enfin, ayant pitié de ma douleur trop grande,

Elle prit quatre fleurs dans sa fraîche guirlande :

C'était une Amarante, un Lis et deux Soucis.

— « Tiens ! et que par ces fleurs tes maux soient adoucis,

Me dit-elle. Je fus jadis Clémence Isaure...

Je suis un pur esprit, mais je palpite encore;

J'ai connu le plus saint, le plus pur sentiment.

Que l'on puisse inspirer ou sentir en aimant.

J'ai, dans l'ombre, entendu, de la voix la plus tendre,

Chanter les plus beaux vers qu'il soit donné d'entendre.

Comment ce chaste amour fut-il brisé ? Dieu seul

A connu le secret qui dort sous mon linceul.

Toulouse, ma patrie, à tout jamais l'ignore.

D'un pied indifférent, sur la cendre d'isaure,

Mes fils les mieux aimés passent, ne sachant pas

Où gisent mes débris qu'ils foulent sous leurs pas... »

Tandis qu'elle parlait, sa beauté tout entière

Se métamorphosait et devenait lumière.

J'apercevais toujours son corps; mais au travers

Je distinguais les champs, les monts et les prés verts.

Tel l'arc-en-ciel, posant son pied dans la campagne,

Couvre, sans les cacher, le bois et la montagne ;

Tel s'évanouissait le fantôme adoré.

Sa voix, en même temps, dans l'espace éthéré,

Se perdait et semblait de plus en plus lointaine.

Mais non ! ce n'était pas une illusion vaine !

Isaure! Isaure est là! je l'entends; je la vois!

Cinq siècles ont passé sans affaiblir sa voix :

— « Voici le mois des fleurs ! venez tous, ô poètes !

En souvenir de moi, Toulouse offre des fêtes.

Venez ! et que ces fleurs soient le prix de vos chants.

Peut-être qu'évoquée à vos hymnes touchants,

Mon âme errante, aux murs du savant Capitole,

Un instant oublîra le deuil qui la désole ;

Peut-être, en vos accents tour à tour entendus,

Trouverai-je un écho de mes amours perdus !

Et vous, dont le savoir, au bout de tant de lustres,

Pare d'un noble éclat la Salle des Illustres,

Vous mes fils bien-aimés, vous doctes Mainteneurs,

Vous qui me consolez par de pieux honneurs,

Eternisez mon nom. Grâces à vous, Toulouse ,

Reine des Arts, rendra chaque cité jalouse;

Grâces à vous, elle est l'Athènes d'Occident.

Sur son trône agrandi, les Muses, préludant,

Célèbrent sa splendeur auguste et pacifique;

Le laurier qu'elle tient n'est pas moins magnifique,

Pour n'être point trempé dans le sang et les pleurs.

Vous enchaînez la gloire en des liens de fleurs ! »

is8 FLEURS DE FRANCE.

A M. le comte et Mme lu comtesse de Bondy.

le 7)or\yoc\; de tio^mefotit.

Vieux donjons, vieux manoirs, féodales demeures, De quoi parlez-vous donc au voyageur lassé? Pourquoi sur vos créneaux, pendant de longues heures, Va-t-il rêvant au temps passe ?

Des géants d'autrefois gigantesques repaires, Vous n'avez rien gardé, pas même leurs tombeaux ; Vous n'êtes qu'un débris où sifflent les vipères, Où croassent les noirs corbeaux.

Vos orgueilleux barons ne sont plus que des ombres; La race a disparu, le nom s'est aboli; Les siècles ont jeté sur vos mornes décombres Deux manteaux : le lierre et l'oubli !

On vous aime pourtant, ruines centenaires, Et quand l'ombre des nuits s'étend sur le coteau, On repeuple un instant d'êtres imaginaires Le fantôme du vieux château.

Qu'il est superbe, dans mon rêve, Le grand donjon de Romefort!

Un soleil de printemps se lève Sur les toits bleus du château fort;

Un beau page sur la tourelle Fait retentir le son du cor; Le veneur matinal appelle Les varlets endormis encor.

Piqueurs et fauconniers, en place !

Monseigneur descend de la tour.

Madame aussi veut à la chasse Lancer son tiercelet d'autour.

Voici le palefroi qu'on mène, Couvert d'un harnais blasonné, Et sur son gant la châtelaine Porte l'oiseau chaperonné.

Les limiers jappent sous l'arcade.

En selle, heureux chasseurs, allons !

Partez, volez, en cavalcade, Par les coteaux, par les vallons !

Courez! le thym et la lavande Parfument l'air de ce pays, Et les bœufs jaunes dans la brande Vous regardent tout ébahis.

A l'ombre du manoir, une ferme est assise, Formant un carré vaste, enclos de toutes parts, Où s'enferment le soir, de peur d'une surprise, Les pasteurs, les troupeaux, les bouviers et les chars.

Les manants, accroupis près d'un feu de bruyère, Attendent le souper en se chauffant les doigts, Et tandis qu'au repas préside la fermière, Un vieux pâtre leur dit les légendes des bois.

C'est la chasse des morts galopant à la brune, C'est le fatal Bissestre assis au bord des eaux; Les laveuses de nuit, tordant, au clair de lune, Des langes d'enfants morts, tués dans leurs berceaux.

Chaque front se hérisse et chaque joue est blême. L'auditoire est frappé d'une morne stupeur. Le narrateur se signe; il croit aussi lui-même A ces récits naïfs qui ne nous font plus peur.

Puis un batteur de blé, qui fut archer en guerre, Raconte les combats et les assauts de nuit : — Ayez soin de fermer la porte et la barrière, Car les routiers sont fins et font leurs coups sans bruit !

Mais quand un voyageur, venant de terre sainte, Vous demande un abri pour l'amour du Seigneur,

ijo FLEURS DE FRANCE.

Logez le pèlerin sous votre toit sans crainte : Ainsi que l'hirondelle, il lui porte bonheur.

Si vous entendez encore Dans la plaine un chant sonore, C'est Lui; c'est le ménestrel!

Ami du plaisir, il chante La ballade ou le sirvente Devant le pont du castel.

Faites ouvrir, noble dame, C'est lui qui réjouit l'âme.

Il vous dira tour à tour La fière chanson de geste, Le fabliau vif et leste, Ou le tendre lai d'amour.

Jeune et douce est sa figure; Il est gai ; sa voix est pure, Et ce qu'il dit charme tant !

La châtelaine soupire, Ou bien se prend à sourire, Gracieuse, en l'écoutant.

Mais le châtelain, dans l'ombre, Jette un œil jaloux et sombre Sur le chanteur inconnu.

Un matin, du beau poète

La harpe resta muette

Lui, qu'était-il devenu ?

— « Ah! disait-on, tète folle!

Vif comme un oiseau qui vole, Il s'en va sans dire adieu!... ».

Et nul ne s'en mit en peine.

Seule à part, la châtelaine Soupirait et priait Dieu.

Noirs donjons ! que de pleurs, de lugubres histoires, De drames étouffés dans vos enceintes noires.

Au fond de vos cachots dormants!

Vos corridors obscurs ont des trappes muettes; On retrouve, en fouillant vos mornes oubliettes,

D'épouvantables ossements.

Certes, pour le seigneur qui n'y faisait pas faute, Il était beau d'avoir justice basse et haute

Sur les villages d'alentour ; De punir le coupable, ayant Dieu seul pour juge; De protéger les siens, de leur donner refuge,

A l'abri de sa forte tour.

Mais parfois, enivré de sa toute-puissance, Le suzerain félon opprimait l'innocence,

Au lieu d'en être le vengeur; Débauché, tyrannique, avide de pillage, Avec les malandrins il allait au passage

Assassiner le voyageur.

Aussi le grand donjon et les tours séculaires, Qui, des Anglais jadis défiant les colères,

Des assauts s'étaient fait un jeu, Entendirent un jour le chant des funérailles; Les pâles huguenots assaillaient ses murailles

Avec le fer, avec le feu.

C'est la nuit! écoutez ces clameurs d'épouvante. « Au feu ! » la ferme brûle, et la flamme mouvante

Rougit les murs du château fort; Aux assaillants répond la trompette guerrière, Et de chaque créneau, de chaque meurtrière.

Jaillissent le plomb et la mort.

Les laboureurs ont fui dans la forêt prochaine ; Ils regardent tremblants cette clarté lointaine

Qui les pénètre de terreur.

Les bœufs et les moutons, étouffés dans l'étable, Mêlent, en expirant, leur plainte lamentable

Aux cris du soldat en fureur.

Le château tient longtemps; longtemps le canon gronde. La brèche s'élargit! une foule l'inonde,

Montant toujours tomme la mer.

Entendez-vous crier les enfants et les femmes? La mort ne connaît rien, tout succombe, et les flammes

Brûlent ce qu'épargna le ïcr.

Quand le jour éclaira la plaine inanimée, Le donjon vomissait une sombre fumée;

Vaincu, mais encor menaçant, Et comme un cœur altier qui succombe avec rage, Le géant foudroyé, dégouttant de carnage,

Semblait verser des pleurs de sang.

Le verra-t-on jamais sortir de ses ruines ? Inutile fardeau pesant sur les collines

Où régnèrent ses possesseurs, Ira-t-il s'écroulant chaque jour pierre à pierre ? Non! le sort lui réserve une insulte dernière,

Le marteau des démolisseurs.

Nid d'aigle dévasté, ton sort fatal me navre. Cessez, vils insulteurs, d'outrager un cadavre.

Respectez un grand souvenir!

Un noble fils des preux arrête les vandales, Il rend à Romefort ses splendeurs féodales,

Et le consacre à l'avenir.

Ses murs sont dépouillés de la ronce et du lierre, Ses créneaux raffermis ont revu la lumière;

Il domine au loin l'horizon; L'ardoise monte en pointe et couronne la pierre ; Au sommet du donjon flotte au vent la bannière ;

Partout brille le vieux blason.

Baissez le pont-levis et relevez la herse! Varlets, sonnez du cor ! votre maître traverse

La cour et le porche sculpté, Et sa maison l'accueille, et la cloche l'appelle,

Pour rendre grâce à Dieu dans la vieille chapelle... Romefort est ressuscité !

A Mûrie Désirée. SOIS HEUREUSE.

Sois heureuse, 6 toi que j'aime!

Que la bonté du Seigneur Dans ton chemin toujours sème L'espérance et le bonheur !

S'il est une source pure, Un ruisseau dont le murmure Donne la paix sans l'oubli, Que Dieu lui fraye un passage, Jusqu'à tes pieds, sous l'ombrage, Sur un gazon amolli.

S'il est un bosquet de roses, De lilas et de jasmins, Aux fleurs tour à tour écloses Et parfumant les chemins ; Que dans ces vertes retraites Dont les parures secrètes Pour toi seule renaîtront, Ces fleurs, odorant nuage, Dont le vent fait un orage, Ne pleuvent que sur ton front !

S'il est, dans le ciel, un ange, Espoir du cœur attristé, Dont le divin regard change Le deuil en félicité ; Que vers ton front il se penche, Comme un vase d'où s'épanche Un flot d'ivresse et de foi !

Que ses ailes d'or te couvrent,

Et que ses lèvres s'entr'ouvrent, Pleines de baisers pour toi!

S'il est une amour divine, Dont les sentiments pieux Font palpiter la poitrine De plaisirs délicieux, Amour qui, venant d'éclore, Fut sainte comme l'aurore D'un jour que Dieu bénira; Cette tendresse parfaite, Que pour toi les cieux ont faite, Mon cœur te la gardera.

STETlcA SEéMTE%.

O nuit! nuit radieuse et pure, N'as-tu donc plus d'espoir pour moi ?

Mon cœur est triste, et la nature Semble répondre à mon émoi.

L'onde qui roule fugitive Semble un soupir mystérieux; La fleur se fane sur la rive ; L'étoile pleure dans les cieux.

« Hélas ! dit chaque humide goutte Que le fleuve entraîne en passant, Qui m'arrêtera sur la route De l'abîme où je vais glissant? »

<( Hélas ! dit la fleur inclinée Sur le miroir des flots dormeurs, Ai-je donc fini ma journée ?

Ai-je donc vécu, moi qui meurs ? »

« Hélas! dit l'étoile qui passe, A sa sœur la reine des nuits,

FLEURS DE FRANCE. i}5

Je voudrais luire et je m'efface, Je voudrais aimer et je fuis ! »

Et cependant, que Dieu l'ordonne!

La goutte d'eau, perle demain, Sur les fleurons d'une couronne Éblouira le genre humain.

Qu'autour de la fleur qui se fane, L'ambre coule et soit incrusté, Au sein de cet or diaphane, La fleur vivra l'éternité.

Que Dieu, de sa main qui féconde, Donne à l'astre son point d'appui ; Il sera le centre d'un monde, Il aura ses astres à lui.

Oh! vous serez la perle fine, Onde que l'eau brise en son cours !

Pâle fleur que la brise incline, Vous aussi vous vivrez toujours!

Pour votre bonheur qui se voile Luira le moment du réveil; Espérez encor, blanche étoile, Demain vous serez un soleil !

Au marquis A. de Rochambeau.

POUR t'iNAUGURATION DE SA STATUE, A VENDOME,

Le 25 juin 1872.

(Les vers en italique sont de Ronsard.)

Je t'offre mon hommage, 6 poète ! ô prophète ! Qui, depuis trois cents ans, attendais cette fête ;

ij<5 FLEURS DE FRANCE.

Pourtant je te salue avec un triste orgueil ;

Car ce fut en des jours assombris par le deuil

Que tu naquis, Ronsard. — Dieu te prêta la vie

L'an ijitc François Premier fut pris devant Pavie.

Mais la Muse, en venant poser, du haut du ciel,

La flamme sur ton front, sur tes lèvres le miel,

Muse de Poésie et Muse d'Espérance,

Te donna tant d'amour, tant d'âme, que la France

T'acclama son poète et son consolateur!

Tes Odes de Tyrtéc atteignaient la hauteur ;

Tes Sonnets amoureux faisaient pâlir Pétrarque ;

La cour applaudissait tes Hymnes • le monarque

Les récitait, le peuple apprenait tes Chansons ;

Le soldat retrouvait l'honneur à tes leçons;

Il marchait en avant, et, navré pour son prince,

Tomboit, poitrine ouverte, au seuil de sa province.

Ta gloire était un roc au bord des Océans,

Quand ce nain monstrueux qui s'acharne aux géants,

L'Envie, osa saper le granit de ta base,

T'envahit, te souilla, t'engloutit dans sa vase,

Et crut dans le néant t'avoir enseveli.

Après l'insulte, après l'affront venait l'oubli ;

Et pendant trois cents ans, pas même une pensée

Ne consola ton ombre auguste et délaissée

Miracle! il est debout, le chantre souverain :

Il revit dans son œuvre, il renaît dans l'airain!

Irvoy nous l'a rendu : sur son front qui s'allume,

Le laurier d'or! au flanc, la dague! en main, la plume!

Tel il apparaissait à la cour des Valois,

Leur récitant ses vers comme on dicte des lois.

L'Europe s'étonnait, et la France en ruine

Se levait renaissante à cette voix divine :

« Vous guerriers, disait-il, soldats vaillants et preux ;

Vous, seigneurs, qui porteç un cœur chevaleureux^

Que chacun à la mort fortement s'abandonne.

Sauveç notre pays, redresse^ la couronne!

FLEURS DE FRANCE. i}7

Redonnez-nous la gloire, et d'un bras indompté,

Combatte^ pour la France et pour sa liberté!

Et ce pendant qu'aureç le sang et l'âme vive,

Ne souffre^ qu'elle tombe en misère captive! ... »

Ronsard, nous étouffons sous le pied du vainqueur.

Qui nous rendra ta voix? Qui nous rendra ton cœur?

Ton cœur pour déplorer la guerre et la discorde,

Ta voix pour demander à Dieu miséricorde,

Pour redire au pays coupable, mais martyr,

Après l'hymne des pleurs, le chant du repentir.

Que ton bronze nous parle et nous soit un exemple!

Si tu rentres vengé comme un dieu dans son temple,

Trois siècles tout entiers n'as-tu pas attendu,

Proscrit et dépouillé du rang qui t'était dû,

Que la Patrie enfin t'apportant son obole,

Sur ton front insulté rallumât l'auréole,

Et que tes magistrats et tes concitoyens

Se fissent des lauriers en relevant les tiens?

Car ce sera l'honneur éternel de Vendôme

De t'avoir fait justice et rendu ton royaume !

Nous, Français, qui portions naguère un front si haut,

Comme toi patients, attendons ; il le faut.

Attendons dans le deuil, le travail, la prière,

Que la grande blessée, autrefois la guerrière,

La France, ait reconquis sa force et sa vertu.

Elle a revu Pavie et son clairon s'est tu !...

Mais si de sa hauteur Dieu l'a fait redescendre,

Quelque part un vengeur est éclos de sa cendre.

Il palpite déjà, le poète immortel

Qui de sa majesté relèvera l'autel.

Dans cet autre Ronsard c'est toi qui te réveilles,

Toi qui, de l'avenir saluant les merveilles,

Chanteras sa grandeur et la feras fleurir;

Car la France ni toi vous ne pouvez mourir!

iî8 FLEURS DE FRANCE.

A la fiancée de mon fils.

&1É7EMTSYC0SE.

L'Inde, ce vieux pays des penseurs et des sages, Croit qu'en des corps divers notre âme a palpité ; Qu'elle monte et grandit par la suite des âges, Et, devant toujours vivre, a toujours existé.

Il serait doux de croire à la Métempsycose, Et ce rêve enchanté quelquefois m'a souri. Dans les temps primitifs vous étiez une rose ; J'étais le vieux rocher qui vous servait d'abri.

Plus tard vous deveniez une colombe blanche. J'étais l'arbre agrafé sur les coteaux penchants. Vous posiez votre nid sur ma plus haute branche, Et mon feuillage épais s'égayait à vos chants.

Au siècle des pasteurs, vous fûtes la gazelle,

La gazelle élégante aux pieds vifs, aux yeux doux ;

Alors, j'étais le chien vigilant et fidèle

Qui vous garantissait des chacals et des loups.

Aujourd'hui même encor vous gardez quelque chose Des êtres où votre âme a jadis habité : L'œil pur de la gazelle et le teint de la rose, Le cœur de la colombe et sa fidélité.

Et dans notre chemin quand vous êtes venue, Souriant à mon fils comme un ange gardien, Mes yeux se sont ouverts ; je vous ai reconnue ; J'ai du cycle rompu rattaché le lien.

Vous que j'avais perdue et que j'ai retrouvée, Vous avez agrandi mon amour paternel; Vous êtes mon enfant et ma fille rêvée 5 Votre âme l'a promis aux pieds de l'Eternel.

En vous voyant unie au cœur qui vous adore, Je vous bénis tous deux dans un amour pareil. Vous ferez resplendir un reflet de l'aurore Sur les rayons pâlis de mon dernier soleil.

Décembre 1872.

LE CHcATEcAU DES TEtM?LIEl{S.

Au murmure de la cascade, Montons à travers les halliers, Parmi les rocs, à l'escalade, Jusqu'au château des Templiers.

Déjà là-haut, sur la montagne, J'aperçois le donjon bruni; Sa croix domine la campagne Et s'élance vers l'infini.

Marchons encor, parmi les seigles ; Marchons sous le ciel gris ou bleu.

Il était là, le nid des Aigles Qui gardaient le tombeau de Dieu.

Je veux toucher du pied leur aire ; Je veux m'incliner à l'autel, Où priaient ces hommes de guerre, Que brûla Philippe le Bel.

Salut, menaçantes ruines, Murs croulants, terribles prisons !

Vos blocs commandent les collines, Jusqu'aux bleuâtres horizons.

Jadis, quand vous portiez les armes, Hardis vainqueurs des mécréants, On ne passait pas sans alarmes, Au pied de ces créneaux géants.

Aujourd'hui, terribles victimes, Dans le trépas vous dormez tous,

i+o FLEURS DE FRANCE.

Et les grands aigles, sur vos cimes, Sont remplacés par les hiboux.

Votre glaive et votre cuirasse Ne défendront plus le saint lieu ; C'est un manant qui vous remplace Et dîne auprès de votre feu.

Dans la hautaine citadelle, Où veillaient des hommes de fer, Le bœuf mugit, le mouton bêle, L'odeur du foin parfume l'air, Et la compagne vigoureuse Du laboureur au cou hâlé Suspend à sa mamelle heureuse Un enfant rose et potelé.

L'Ardoisière, près Vichy, août 1871.

I^CVOCcATIO&C DqAV^S L'OTlaiGE.

Ils s'avancent, les noirs orages !

Leurs tumultueux tourbillons Courbent, dans leurs puissantes rages, L'arbre comme un blé des sillons.

Avec les branches fracassées, Avec les feuilles dans les airs, Je fuis, sur l'aile des pensées, Jusqu'aux nuages gros d'éclairs.

Seigneur ! quelle terrible guerre A troublé le calme des deux?

Pourquoi ce fracas du tonnerre Et ces éclairs silencieux?

Pourquoi, livrés au vent qui gronde, Ces nuages voilés d'horreur

Semblent-ils passer sur le monde, Comme des anges de fureur?

Quelle est donc la fière victime Que vous châtiez aujourd'hui ?

Quel est le front assez sublime Pour que vous tonniez contre lui ?

Peut-il être une créature Si grande devant vous, mon Dieu, Que vous creusiez sa sépulture Par ces rouges sillons de feu ?

Dieu fort! sans peur je vous admire, Tandis que l'univers entier Subit en tremblant votre empire, Esclave qu'on va châtier!

Tandis que la sombre tempête Gronde et rugit autour de moi, Rempli d'une vigueur secrète, Je marche appuyé sur la foi.

Pourquoi, Seigneur, lorsque tout plie De l'herbe au chêne foudroyé, A vos pieds quand tout s'humilie, L'homme seul n'a-t-il pas ployé ?

Devant ces triangles de flamme C'est qu'il vous voit, c'est qu'il vous sent. Il écoute, au fond de son âme, L'écho du concert tout-puissant ;

Et quand l'arbre, en sa frêle écorce, S'est courbé sous votre courroux, Si l'homme s'exalte en sa force, C'est que son âme vient de vous.

i4a FLEURS DE FRANCE.

LqA 'DOULEUTi 'DE fMILTOVÇ.

O loss of sight of tlicc I most complain ! Blind among cncniic;.

Miiton. Samson.

Guide du vieil aveugle, arrêtons-nous ici.

L'air plus vaste et plus pur paraît s'être éclairci ;

Il me semble, aux rayons qui baignent mon visage,

Que l'astre des jours plonge en un ciel sans nuage.

L'haleine du printemps éveille sous mes pas

Le frais parfum des fleurs que je n'aperçois pas ;

Ce chemin est couvert d'une herbe épaisse et douce ;

Je veux me reposer encor sur cette mousse,

Qui peut-être demain couvrira mon sommeil.

Et ranimer ma vie aux baisers du soleil.

Je respire!... je sens, tout pénétré de flamme,

Le doux repos du corps : que n'en est-il pour l'âme?

Où sont-ils? où sont-ils, les jours de tendre émoi

Où le soleil de Naple étincelait pour moi,

Où je chantais, au bord des eaux de Blandusie :

« Allons, éveille-toi, ma jeune poésie,

Reine de mes espoirs, étoile de mon ciel,

Mon dernier bien trouvé, mon délice éternel !

Allons, éveille-toi ! le matin se colore,

La campagne sourit et nous appelle encore ;

Le temps fuit 5 nous perdons les prémices du jour! »

Et le jour rayonnait dans mes yeux pleins d'amour,

Et l'aurore montait sur ses ailes dorées,

Semant les sentiers verts de perles érythrées.

Et maintenant que suis-je? ô regrets du passé ! Quand ferez-vous la paix avec ce cœur lassé ? Et toi, le premier-né, toi, le plus grand peut-être Des biens que l'Éternel en six jours a fait naître, Lumière, pour jamais éteinte dans mes yeux! Avec toi, les beautés de la terre et des cieux,

FLEURS DE FRANCE. i4j

L'aspect consolateur de la sainte nature

Ont disparu pour moi, fragile créature.

Plus vil qu'un ver qui rampe abject entre les vers,

Je suis au dernier rang dans ce vaste univers.

Si le ver rampe, il voit ; et j'étouffe dans l'ombre !

Toujours, que le ciel brille, ou que la nuit soit sombre,

Toujours l'obscurité, partout l'obscurité,

L'obscurité profonde au sein de la clarté;

La vue à tout jamais est sans espoir éteinte!

O toi, première aurore, et toi, parole sainte :

« Que la lumière soit, et la lumière fut ! »

Pourquoi me laissez-vous hors la loi de salut?

Pourquoi, si voir c'est vivre, et si l'âme incréée

Est la lumière aussi, la lumière sacrée,

Pourquoi, lorsque notre âme est partout dans nos corps,

Le regard, par lequel l'âme vit au dehors,

Le regard, ce rayon du ciel en notre argile,

Fut-il donc renfermé dans ce globe fragile,

Dans cet œil qu'un seul coup peut rompre ou détacher,

Et non épars en nous, ainsi que le toucher,

Pour que l'homme pût voir à travers chaque pore?

Je ne serais pas seul exilé de l'aurore,

Aveugle, enseveli, dans ma nuit et mon deuil,

Comme un homme vivant qu'on mettrait au cercueil !

Et que dis-je ? ô douleur ! ô sort plein d'épouvante !

C'est moi qui suis ma tombe... une tombe vivante !

Enterré, mais non pas délivré par la mort

Des outrages de l'homme et des tourments du sort,

Quand je marche, j'entends partout sur mon passage

S'élever, sans respect pour mes maux, pour mon âge,

Les sarcasmes moqueurs et les amers souris :

Le vieux républicain n'a droit qu'à des mépris.

Ils arment contre moi les âmes enfantines.

Ces enfants m'aimeraient, et leurs voix argentines

M'appellent de bien loin avec un ris cruel :

« Milton le régicide et l'ami de Cromwell ! »

i++ PLEURS DE FRANCE.

O retour de fortune! 6 déplorable histoire!

Ils tournent cm affront tout ce qui fut ma gloire

Mais que m'importe, enfin, ce que disent ou font Ces hommes entraînés vers un néant profond, Et ce siècle pour qui la mort déjà commence, Goutte d'eau suspendue au bord du vase immense D'où, sous la main de Dieu, coule l'éternité!

O poésie, enfant de la divinité,

C'est à toi seule, à toi que mon âme se livre!

Par toi j'aime, je vois, je recommence à vivre :

Viens! ouvre-moi le ciel ; puis, dans ton vol de fer,

Fouille l'ombre visible où s'allonge l'enfer.

Dis quel serpent impur, en leur état prospère,

Excita la blonde Eve et notre premier père

A transgresser la loi du divin Créateur.

Montre-moi de Satan la hideuse hauteur ;

Satan, ruine sombre, à demi dévorée,

Qui, pendant neuf longs jours, de la voûte éthérée,

Tomba, de gouffre en gouffre, en l'abîme éternel,

Déchiré, confondu, brisé, mais immortel!

Que diront-ils un jour, les enfants de la terre, Quand je leur rouvrirai cet Eden de mystère, Par le soleil doré de rayons plus joyeux Qu'un beau nuage au soir ou que l'arc pluvieux ; Quand ils verront mon Eve amoureusement belle, Et le monde si beau s'effaçant devant elle ; Quand je leur montrerai, de la terre et des cieux, Les charmes réunis en elle, dans ses yeux, Remplissant tout Adam d'une joie inouïe, Et sa grâce inondant la nature éblouie De parfums pleins d'amour et de félicité, De ces parfums divins qu'exhale la beauté!

Mais non! à quelle gloire osé-je donc prétendre, Et qui s'arrêtera seulement pour m'entendre? Je dirai sans écho ma joie et mes regrets,

FLEURS DE FRANCE. i+S

Comme l'oiseau de Dieu perdu dans les forêts, Qui jette au vent sa voix que nul mortel n'écoute. Mes chants inentendus se perdront sur ma route,

Car personne ne suit mon funèbre chemin

Personne! .. Ah! quelle main a rencontré ma main? J'avais calomnié la puissance suprême!... Ann! Mary! Deborah! chères enfants que j'aime, Par vous j'existe encor. Quand j'entends votre voix, Dans le fond de mon cœur je vous cherche et vous vois Belles, pleines d'amour, ô mes anges sur terre! Tant que vous aimerez l'aveugle solitaire, Un sourire luira dans son œil épuisé, Jusqu'à ce que son cœur soit tout à fait brisé !

LE TTlEaiIÊTl "FcâTILLOU^.

A peine le gazon qui reverdit la terre

S'est étoile de fleurs au doux soleil de mai ;

Papillon, où vas-tu, sur ton aile légère?

Où vas-tu, frêle enfant du printemps embaumé?

Les branches d'amandier sont nouvelles fleuries, L'hiver peut trahir notre espoir ;

La pervenche, au matin ouverte en nos prairies, Se fane au vent glacé du soir. >

Aussi beau que les fleurs, aussi fragile qu'elles, De pourpre et d'or, tout fier de tes jeunes atours, Tu te livres sans crainte aux zéphyrs infidèles, Et crois que le soleil doit briller tous les jours.

Lorsque je suis de l'œil tes ailes nuancées, Tes ailes, fleurs parmi les fleurs,

Je sens éclore en moi de suaves pensées, Des songes aux fraîches couleurs;

Songes ainsi que toi voltigeant dans l'espace, Libres ainsi que toi de soucis importuns,

i+<5 FLEURS DE FRANCE.

Plongeant avec amour dans l'air tiède qui passe, S'enivrant d'avenir, comme toi de parfums.

Fils ailé du printemps et de l'odeur des roses,

Tu n'es pas l'inconstant plaisir, Qui; sans foi ni pudeur, effleurant toutes choses,

Vole de désir en desir.

Ta vie est un symbole, un gracieux mystère, Rêve réalisé qu'on retrouve au réveil ; Ton aile est un rayon du ciel tombé sur terre, Un souffle coloré d'un regard du soleil.

C'est l'emblème divin, c'est l'emblème de l'âme

Qui me fait vivre et palpiter, Qui, s'élançant vers ceux que ma tendresse enflamme,

Même absents, ne peut les quitter.

Ame de feu, Psyché sainte et mystérieuse, Parle de ma tendresse ù ceux qui sont absents ; Va leur porter mes vœux, ma caresse pieuse, Fais vibrer dans leur cœur l'écho de mes accents.

Vole, beau papillon, vole avec l'espérance,

Vole au-devant de l'avenir; Et dis-moi si tu vois, dans cet espace immense,

Si tu vois le bonheur venir ?

A Marie Désirée.

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