‹ Poèmes et poésiesChapitre 18 sur 43 · INSPIRÉ PAR UN TABLEAU DE JUL. BOILLY · texte numérisé non relu

INSPIRÉ PAR UN TABLEAU DE JUL. BOILLY

Vers le berceau du fils qui s'éveille à ta voix, Vierge sainte, pourquoi, tandis que tu t'inclines, Tes yeux sont-ils pensifs et, sur tes mains divines, Des pleurs mal retenus tombent-ils quelquefois ?

Dans l'avenir lointain peut-être que tu vois Le sombre Golgotha ? Peut-être tu devines Qu'un jour cet enfant calme, aux lèvres purpurines, Pâle, entre deux larrons, pendra sur une croix?

Elève tes regards vers un ciel plus prospère, O Vierge ! et tu verras le trône révéré, Où ton Fils doit s'asseoir à la droite du Père,

Le trône où retentit déjà ce mot sacré : « Venez à moi, vous tous dont le cœur désespère; Vous qui versez des pleurs, je vous consolerai! »

If» SONNETS.

TlOPÇSo4'I{l).

APPEL AUX PO ET F. S DU XIXe SIÈCLE.

Quand la Musc a touché vos fronts chargés d'éclairs, Quand votre rêve en fleurs à la rime se plie, Poètes, songez-vous que la gloire est folie, Qu'une haleine de mort souffle sur vos concerts?

Entendez-vous chanter, dans ses parvis déserts, La voix du vieux Ronsard, par l'espace affaiblie? Son siècle l'admirait et le nôtre l'oublie : C'est notre aïeul... pour lui je viens quêter des vers.

J'ai rattaché les nerfs de sa lyre muette ; Vous, d'un injuste oubli vengez ses chants altiers, Parfumez d'une fleur sa grande ombre inquiète;

Revendiquez sa gloire à d'ingrats héritiers, Pour que sur vos tombeaux, un jour, quelque poète Chante à son tour vos noms, et sème des lauriers !

Mai 1867.

qA JOSÊTHIWl SOULoâTtY.

Vous êtes le fin ciseleur !

Vous prenez un burin de flamme, Et vous faites un amalgame De la forme et de la couleur.

Le sonnet, ce calice en fleur, Jaillit du creuset de votre âme, Et vous y gravez tout le drame De l'amour ou de la douleur.

Avec art votre esprit découpe Le penser dont les vers se font :

L'œuvre rit, chatoie et se groupe;

Puis, tenant le vase profond, Comme Cléopâtre en sa coupe, Vous jetez une perle au fond.

A Noémi B.

L'ÉGY<PTIEV^V-QE.

Pourquoi la renier, l'Egypte, ta patrie, Où le blé mûrissait deux fois sous le ciel bleu, Où chaque être vivant dissimulait un Dieu, Où tout était mystère et sainte idolâtrie ?

Ses Pharaons sont morts, sa couronne est flétrie; Mais elle a son Nil jaune et son soleil de feu. Sa tristesse sied bien à ton profil hébreu, Ses horizons sans fin vont à ta rêverie.

Tes yeux ont ce regard clair et voilé des sphinx, Qui gardent à jamais, sur leurs faces de lynx, Un masque de granit qu'aucun doigt ne soulève.

Mais je sais à quel prix GEdipe fut vainqueur. De myrte et d'olivier j'enlacerai mon glaive; Je trancherai l'énigme et te prendrai ton cœur.

Juin 1874.

oA THEODORE DE 'BoA^V ILLE

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