OH! SU
Oh! si les fleurs du pré savaient quelles épines
M'ont déchiré!
Elles m'enivreraient de leurs senteurs divines,
Les fleurs du pré.
Oh ! si l'oiseau des champs connaissait ma détresse !
Dans ses doux chants, Il me gazouillerait l'amour et l'allégresse,
L'oiseau des champs.
Oh ! si l'astre des nuits voyait combien je souffre
De noirs ennuis!
Il voudrait de mon âme illuminer le gouffre,
L'astre des nuits.
Mais quand mon cœur, brisé par sa peine immortelle,
Meurt épuisé, Une seule pourrait le guérir... Et c'est elle
Qui l'a brisé !
LE TECHEUTl 'D'IDEES.
Source de poésie, Chante comme un ruisseau Dont, à ma fantaisie, Sous une ombre choisie, J'entends gazouiller l'eau !
Sautille, cours et perce Ton lit de blancs cailloux ;
Je m'endors et me berce A ton flot, qui déverse Son bruissant remous.
J'y vois courir l'idée, Vif et brillant poisson, Et, sur l'onde ridée, Sa course saccadée Laisse à peine un frisson.
Je guette par avance Le rêve qui me plaît, Et soudain, en silence, Comme un pêcheur qui lance Son rapide filet,
Dans les plis de la rime, Réseau que j'ai tressé, Palpitante victime Qui cède et se ranime, Je le tiens enlacé.
Mais quelquefois, à l'heure Ou je le crois captif, Lorsque ma main l'effleure, Entre mes doigts qu'il leurre Il glisse et, fugitif,
A travers une maille Il s'évade en nageant.
Je le vois qui me raille Sous l'onde, et son écaille Jette un éclair d'argent!...
{MOVyQSIEUTl TTlIV^TEéMTS
D'APRÈS I. -P . HEBEt.
Monsieur Printemps est un vieil homme Toujours pimpant, frais et dispos,
Qui porte un bel habit vert-pomme,
Et qui n'est jamais en repos.
Il met le nez à la fenêtre,
Lorsque revient le mois d'avril,
Et dit tout haut : — « Quel temps fait-il ?
Voila le moment de paraître. »
Monsieur Printemps, monsieur Printemps,
Revenez-nous et pour longtemps!
Voici que la rosée, en perles,
Brille partout sur les gazons;
Dans les bois où sifflent les merles,
Les feuilles ouvrent leurs prisons;
Les oisillons font des aubades,
Et disent bonjour au soleil,
En criant : — « Voilà le réveil !
Rions, chantons, mes camarades.
Monsieur Printemps, monsieur Printemps,
Revenez-nous et pour longtemps ! »
Monsieur Printemps, de sa chambrette,
Leur dit : — « Ne criez pas! je sors.
Que diable! je fais ma toilette;
Dans un instant, je suis dehors!
Je mets mon habit des dimanches,
Frais sorti de chez le tailleur,
Et brodé de toute couleur
Sur le collet et sur les manches. »
Monsieur Printemps, monsieur Printemps,
Revenez-nous et pour longtemps !
Voici monsieur Printemps qui bouge.
Qu'il est gai ! qu'il a l'air ouvert !
Que son gilet de velours rouge
Va bien avec son habit vert!
Ses mains sont pleines de fleurettes,
Qu'il accroche à tous les halliers ;
Au lieu de clous, à ses souliers,
Il a de blanches pâquerettes.
Monsieur Printemps, monsieur Printemps,
Restez chez nous encor longtemps !
Plein son gousset et plein sa poche,
Il a de la graine d'amour ;
Il la sème de proche en proche,
Dans tous les bosquets d'alentour.
Bêtes, oiseaux, sur son passage,
Et les bergers aussi, ma foi,
Tout s'en régale ; et c'est pourquoi
On aime si bien au village.
Monsieur Printemps, monsieur Printemps^
Restez chez nous encor longtemps!