BALLADE
Cher petit être, Doux cœur fermé, Qui viens de naître Pour être aimé, Frêle merveille, Tout mon bonheur, Sur toi je veille, J'ai soin! j'ai peur!
Pour toi ton bon ange
Priera le Seigneur.
Dors dans ton lange, Dors sur mon cœur.
Clos ta paupière,
Entant chéri ;
Mon cœur de mère
Tremble à ton cri.
Le sommeil passe
Sur tes beaux yeux ;
Oh ! qu'il te fasse
Revoir les cieux!
Pour toi ton bon ange Y parle au Seigneur.
Dors dans ton lange,
Dors sur mon cœur.
Dieu prend lui-même
Dans son trésor,
Et sur toi sème
Les rêves d'or ;
Ton berceau frêle,
Voilé d'azur,
Te semble l'aile
D'un esprit pur.
C'est l'aile d'un ange Priant le Seigneur.
Dors dans ton lange,
Dors sur mon cœur.
Le songe emporte
Ton cœur épris
Jusqu'à la porte
Du Paradis;
La Vierge embrasse
En ton sommeil,
Pleine de grâce,
Ton front vermeil; Porté par ton ange, Tu vois le Seigneur.
Dors dans ton lange,
Dors sur mon cœur.
Le ciel te crie :
« Cœur ingénu,
Dans ta patrie
Sois bienvenu!... »
Songe funeste!
Enfant, si Dieu
Te disait : « Reste
Dans mon ciel bleu ! »
Reviens! ô mon ange!
Reviens, car j'ai peur!
Dors dans ton lange,
Dors sur mon cœur.
tfi LIVRE DEUXIEME.
Mais eu t'éveilles,
Sans pleurs, sans cris ; Tu m'émerveilles Far un souris.
Joyeux du rêve, Ton grand œil noir S'ouvre et s'élève Pour mieux me voir.
Enfant, ton bon ange A prié pour toi.
Sors de ton lange Et souris-moi.
CHE£MI&C Va4P£S LES 'BLÉS.
Au milieu des blés, dans la plaine, Je retrouve encor le chemin Où nous pouvions passer à peine, Tous deux nous tenant par la main.
Les seigles jaunissants balancent L'épi qui penche bientôt mûr ; Entre chaque sillon s'élancent Des fleurs d'or, de pourpre et d'azur.
Le bourdonnement des abeilles, Dans l'air cadencé mollement, Réjouit de loin les oreilles Par son léger bruissement
A travers la moisson mouvante, Passe un peuple de moucherons ; La sauterelle, herbe vivante, Y franchit les verts liserons.
Les papillons, dans leurs batailles, Vont s'y poursuivant tour à tour;
L'ESPERANCE. i7
Et le chant saccadé des cailles Y parle de joie et d'amour.
Dans la plaine que l'été dore, Moi seul je vais triste et rêvant, Ici même, où, naguère encore, Heureux, je riais si souvent.
Hélas! et la campagne est belle; Et la brise apporte des bois Un parfum que juin renouvelle, Pur comme il était autrefois.
Sous la moisson que Dieu nous donne, Chantent les oiseaux des guérets ; Sans penser aux vents froids d'automne, Verdissent les grandes forêts.
Sois brillante, ô belle nature !
La main puissante du Seigneur, Qui t'ôte et te rend ta parure, Ne m'a pas rendu mon bonheur.
Adieu les jours où, plein de joie, Avec un irère que j'aimais, Dans les blés j'ai suivi la voie Que je parcours seul désormais!
J'entends la cloche villageoise Lentement sonner l'angélus ; Voici le vieux clocher d'ardoise, Qu'ensemble nous ne verrons plus!
Là, sous les arbres de la haie,
Se blottissait le toit obscur,
Où, dans notre gaîté si vraie,
Nous nous aimions d'un coeur si pur.
D'autres possèdent à cette heure Les grands arbres, le frais enclos ; Qu'ont-ils donc fait de la demeure
Où chantaient nos beaux jours éclos?
Ils ont détruit la maison blanche :
Murs chéris, ils vous ont brisés!
Le nid est tombé de la branche.
Et les oiseaux sont dispersés.
Pourtant au fiel que l'heure apporte, Quelque miel est encore mêlé; Nul ne franchira plus la porte Par où l'enfant s'en est allé.
Jamais personne, sur la terre, N'emplira d'un rire joyeux La pauvre chambre solitaire, Où l'enfant a fermé les yeux.
.Adieu, demeure hier sacrée, Qu'un souvenir en vain défend Je ne veux rien, dans la contrée Que pleurer sur toi, cher entant!..
Me voici dans le cimetière, Seul, à genoux! — N'entends-tu pas Ton doux nom qu'avec ma prière, Je prononce en pleurant tout bas.
Par ces baisers, que je dépose Sur le sol de larmes mouillé, De ta bouche autrefois si rose, Le sourire est-il réveillé?
Non ! la tombe, froide et muette, Garde son silence cruel ; Et seule, enchantant, l'alouette Semble porter ma plainte au ciel.
Là, bien longtemps je me recueille.
Songeant au bonheur épuisé, Et je n'emporte qu'une feuille, Qu'une feuille et mon cœur brisé.
Au jardin de ta sépulture, Laissons la rose aussi mourir; N'enlevons aucune parure ; J'ai bien assez du souvenir !
Mon cœur est pareil au lieu sombre Et couvert de fleurs où tu dors :
Au dedans la tristesse et l'ombre, Quand le sourire est au dehors.
La Vaupaliùre, 17 juin 18^.1.
qA U^C CHoASSEUTi.
Un plomb traverse la feuillée...
Il tombe", le léger chevreuil ; Il roule dans l'herbe mouillée ; Des pleurs s'échappent de son œil.
Il meurt, victime solitaire De cet être fier et fatal, Qui se dit le roi de la terre Parce qu'il fait le plus de mal.
Chasseur, qui dans ton arrogance, Par quelque meurtre immérité Crois témoigner de ta puissance, Tu prouves ta férocité.
Atome enchaîné sur l'écorce D'un globe où tu nais pour souffrir, Tu n'as que la stupide force Qui torture et qui fait mourir.
Puisque Dieu t'a fait périssable, Puisque tu ne peux même pas Créer un seul des grains de sable Que tu disperses sous tes pas,
Retiens te; coups, sois moins funeste A tout ce qui vit BOU8 le c ici ; Ne frappe aucune œuvre céleste Pour le plaisir d'être cruel.
Imite le saint de Bretagne,
Le doux et bienheureux Malo,
Dont l'église est sur la montagne
Deb 'Ut entre le ciel et l'eau.
Un jour qu'il émondait l'ivraie D'un champ au revers d'un coteau, L'homme de Dieu sous une haie Avait déposé son manteau;
Il s'aperçut qu'une fauvette, Dans la cape aux replis moelleux S'arrondissant une retraite, Nichait prête a pondre ses œufs.
Sachant que la bonté du maître Jusques aux plus petits s'étend, Et qu'en ce monde le moindre être A pour père le Tout-Puissaut,
Il laissa, vieillard humble et tendre, Sa cape dans le coin du clos, Et ne la voulut pas reprendre Qu'il n'eût vu les petits eclos.
SOUS LES LILoJS.
Sous ces lilas à l'odeur fraîche et douce, Que le vent aime à caresser, O mes rêves chéris, à l'ombre, sur la mousse, Venez lentement me bercer !
Vers moi l'arbuste incline son panache,
L'ESPERANCE. 5t
Qui fuit et revient tour à tour; A chaque fleur éclose un insecte s'attache, Mille autres voltigent autour.
Les papillons aux ailes diaprées, Les abeilles, filles du ciel, Et les moucherons bruns, et les guêpes dorées, Y butinent les sucs du miel.
Lorsqu'ils s'en vont ainsi par le feuillage, Oublieux du dernier hiver, Que bourdonnent-ils donc en leur joyeux langage, Ces frêles habitants de l'air?
Ils disent tous : « Allons ! la vie est belle, Le plaisir est Tunique soin; Voltigeons dans l'air pur, aimons la fleur nouvelle : Le ciel est beau, l'hiver est loin.
« Les marronniers ouvrent leurs grappes blanches Et leurs feuilles en éventail ; Les frais pommiers pour nous ont sur leurs vertes branches Mêlé la nacre et le corail.
« Les cerisiers sèment au vent leur neige, Qui vole embaumant les sillons; Avec ses flocons blancs, vif et brillant cortège, Jouons-nous, légers papillons.
« Dans les vallons où gazouillent les merles, Où le ciel a moins de chaleurs., Pour nous la brume flotte et se condense en perles, Dans les calices d'or des fleurs.
« Vivons heureux du jour que Dieu nous donne; Poursuivons notre gai chemin ; Et qu'importe aujourd'hui, quand le soleil rayonne, L'orage qui viendra demain ! »
A M'"- Antoinette Fardé, l.-l JEU^QE MÈH.E