‹ Poèmes et poésiesChapitre 8 sur 43 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Triste cœur, quand ta frêle joie, Comme un roseau qui toujours ploie, Cède aux désastres d'ici-bas, Quand la douloureuse tempête En gémissant sur toi s'arrête, Espère encor, ne pleure pas.

L'oiseau qui traverse les ondes Voit, au delà des mers profondes, Sourire un pays paternel.

Au delà du dernier voyage, Triste cœur, il est un rivage Que dore un printemps éternel !

A mon père.

LqA £McAISO^d TcATETlï^ELLE.

En vain nous espérons jouir de notre vie Kt récolter un jour le champ ensemencé ; Rarement de ses fruits la semence est suivie. L'avenir vous dément, promesses du passé!

Un destin, envieux de ce que l'homme espère, Nous pousse incessamment de séjours en séjours. Il faut t'abandonner, demeure de mon père ; C'est demain que je pars, demain! et pour toujours!

C'est demain que je pars, doux berceau de ma joie! Pour la première fois je te contemple en deuil. Mon cœur a tressailli ; mon genou cède et» ploie ; Je baise avec respect la pierre de ton seuil.

Je ne connaîtrai plus ni cette paix tranquille, Ni ces jours d'autrefois, de mes jours les meilleurs; Tu fus de mon bonheur le témoin et l'asile; Pourrai-je maintenant être joyeux ailleurs?

Tes gais festins, pour moi, n'abrégeront plus l'heure ;

Tu vas être désert, tu vas être vendu ;

D'un hôte indifférent devenu la demeure,

Tu n'auras plus d'écho pour mon cœur éperdu.

Si je reviens un jour dans la rue isolée, Près du portail connu si je m'arrête un jour, Si je sens de mes pleurs ma paupière voilée, Si j'attends par instinct le baiser du retour,

Rien ne s'éveillera dans la maison muette; Du colombier désert les pigeons auront fui ; Le possesseur nouveau de ma douce retraite N'aura pas respecté ce qui n'est rien pour lui.

Tout sera différent; car tout change sur terre. Le vieux chien qui gardait le logis autrefois, Lui-même ayant quitté le toit héréditaire, Ne m'accueillera plus avec de gais abois.

Et si je veux franchir encor la porte antique, Sous le toit paternel étranger désormais, Je ne m'asseoirai pas au foyer domestique

Maintenant délaissé de tous ceux que j'aimais.

Adieu donc pour toujours, demeure bien-aimée ! Adieu! que l'Eternel protège tes lambris! Pour répondre à ma voix tu parais animée, Et ton écho plaintif semble m'avoir compris.

Adieu ! sous tes pavés que je foule en silence,

Mon cœur ensevelit plus d'un cher souvenir;

Là gisent confondus tous mes beaux jours d'enfance,

Fleurs mortes au printemps, fruits tombés sans mûrir.

Et quand mon dernier pas aura pressé tes dalles, Quand je m'éloignerai plein de trouble et d'émoi, Je ne secoûrai point mes poudreuses sandales; Ta mémoire à jamais sera sainte pour moi.

Car sous ton humble toit, qu'oubliait la tempête, Enfant insoucieux, j'ai joui d'un passé Que je revois de loin et sur la route faite, Comme un vallon fleuri par le ciel caressé.

Rouen, août 1839.

LqA V^O^C^E El Lci FLEUTi.

Dans le préau du monastère Rougit une petite fleur.

La nonne pâle et solitaire Admire en passant sa couleur.

« Hélas! petite fleur, dit-elle, Comment sais-tu plaire au bon Dieu, Qui nous a mises, toi si belle Et moi si triste, au même lieu? »

La fleur lui dit : « Tout est mystère. Ne te plains pas; ton sort vaut mieux : Je suis une fleur de la terre, Tu seras une fleur des deux ! »

A mon cher beau-père J. -M.-H. Boissel.

L'oATUBTiE S\t0 7{r.

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