‹ Poèmes et poètesChapitre 4 sur 8 · sS Gil-Blas · texte numérisé non relu

sS Gil-Blas

Un bon laquais, propre aux services Des actrices et des prélats.

Ce cher serviteur, ce doux cuistre, L'accablez-vous ? Vous le comblez :

Au besoin, si vous le voulez, Vous pouvez en faire un ministre.

Ministre à tout faire, parfait.

Prompt au larcin, prompt à l'aumône, Et gambadant autour du trône, Comme hier autour du buffet.

La fortune passe ; il s'élance « Dame fortune, par pitié !..

Et soit dédain, soit amitié, Elle le bombarde Excellence.

Quittant l'ofBce et le grenier, " Il pille le trésor, en homme Dont longtemps la main économe Fit danser l'anse du panier.

Gil-Blas. 259

Mais s'il vole, c'est qu'il veut rire, Et s'il ment, c'est par charité...

Car on sait que la vérité Saisit le cœur et le déchire.

Malgré toute vaine rumeur, Malgré l'injustice et l'outrage, Malgré la faim, malgré l'orage.

Il conserve sa belle humeur.

Toujours à quatre pas du gouffre,

Il voit les hommes sans mépris.

« Te ne vaux pas moins qu'eux. J'en ris !

Je ne vaux pas mieux. Je les soufire.

L'intérêt est la bonne loi.

Ce que je laisserais en route.

Un autre le prendrait sans doute

Et l'emploierait moins bien que moi. »

Docile au hasard qui le niène.

Il le corrige avec succès.

Brillant d'un esprit tout français, 11 est de la movenne humaine...

,6o Gil-Blas.

Gil-Blas, de la moyenne humaine, ce valet. Ce lâche aventurier, ce complaisant alerte ! Mais son àme n'était qu'une matière inerte. Dont le destin moqueur faisait ce qu'il voulait.

Quand on la lui dorait, il bénissait sa chaîne. Il n'avait ni grandeur, ni profonde gaîté ; Rien en lui ne vibrait au nom de liberté ; Pas de foi, pas d'amour et pas même de haine !

Jamais en traversant les forêts et les monts, Il n'eut un seul regard pour la nature sainte, Et jamais les beaux vers, par leur divine plainte, X'ont tiré de ses yeux les pleurs que nous aimons.

Gil-Blas ne fut pas même un homme. Un homme pense, Un homme croit ou cherche, un homme espère et veut. La passion l'emporte et l'Idéal l'émeut, Et la douleur sacrée en est la récompense !

Gil-Blas. 261

Tout homme a dès l'enfance un doux rêve obstiné :

Amour, ambition, science ou poésie.

Et qu'importe plus tard la carrière choisie !

Le rêve va devant : tout est illuminé.

C'est pour lui qu'on travaille et qu'on souffre et qu'on lutte,

Et le rêve toujours nous prépare des fleurs.

Des fleurs pour la victoire, aux superbes couleurs,

— Des fleurs encor, des fleurs pour parfumer la chute.

Oui ! c'est l'Idéal seul qui fait l'humanité.

Aussi Gil-Blas n'a rien d'humain ; — c'est une chose,

C'est un jouet plaisant où l'esprit se repose.

Mais que le cœur, plus fier, n'a jamais accepté.

Haydn

A Thérèse F.

Au théâtre de Vienne, en sa loge, un beau soir, Parut l'Impératrice éclatante, Marie Tliérèse. En souriant près d'elle vint s'asseoir L'archiduchesse avec sa ceinture fleurie.

L'Impératrice dit un mot. Les chambellans Introduisirent dans la loge souveraine Un vieillard au front chauve, aux pas déjà tremblants ; C'était Haydn, le maître à la fierté sereine.

« Prenez le premier rang. Maître : on vous attendait », Disait l'Impératrice en sa grâce infinie. Le public applaudit Thommage que rendait La Majesté du Trône à celle du Génie.

Puis, ce fut dans la foule un long frémissement, Lorsque l'archiduchesse, en ce temps-là si gaie !

2é6 Haydn.

Détachant une fleur de son bouquet charmant, La mit dans cette main subHme et fatiguée.

Et la mère et la fille, avec des yeux ravis, Inventant pour Has'dn des faveurs excessives. Célébraient sa science, imploraient ses avis, Et parfois, se taisant, le regardaient pensives.

Le Maître tout à coup, en parlant de son art,

Eut un frisson, qu'il sut dompter avec courage,

— « Qu'avez-vous ? » lui dit-on. Et, tout bas, le vieillard

Répondit : « Rien. J'ai froid. Pardonnez à mon âge! »

L'Impératrice alors, oubliant l'opéra.

Et le peuple étonné qui, de loin, l'examine.

Se leva, disparut un instant, puis rentra

Apportant à pas lents son long manteau d'hermine.

Et sur le dos d'Haydn, le vieillard triomphant, Au front duquel reluit la couronne idéale. Comme une jeune mère habille son enfant, L'Impératrice mit l'hermine impériale.

Le Rire des choses

Je hais les deuils et les névroses Et le pessimisme effronté.

Je ne vois dans les coeurs moroses Que faiblesse ou méchanceté.

Les jours sont clairs, les soirs sont roses, Partout le rire et la santé !

On parle des larmes des choses, Savourons plutôt leur gaîté !

J'adore la joie éternelle,

Je voudrais m'absorber en elle,

Ah ! mourir au mois de juillet.

Et que mon sang à flots ruisselle Sous le lis, la ronce ou l'œillet, Dans la splendeur universelle!

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Une Femme de Shakespeare

A Mademoiselle Amélie L.

Il a le plus beau corps et le plus noble esprit. Sa force est gracieuse et sa douceur vaillante. S'il me blesse, je l'aime, et quand il me sourit,

Je sens se fondre en moi ma vertu défaillante.

Je fais ce qu'il me dit et veux ce qui lui plait, Je reste à lui. Je suis fière d'être sa chose, Et je serais heureuse, en mourant, s'il voulait M'effeuiller l'âme ainsi qu'il effeuille une rose.

Araime-t-il ? Je ne sais et je n'ose y penser.

A son premier regard je m'offris de moi-même,

Et vers moi sans dégoût il daigne s'abaisser...

Mais quelle femme, hélas ! vaut la peine qu'on l'aime ?

Une Femme de Shakespeare. 269

Je ne puis vraiment pas l'appeler mon vainqueur : Car, je ne combats point : je l'attends ; qu'il me prenne ! Il est mon Dieu. Sa voix m'enveloppe et m'entraîne, Et son nom est gravé dans le cœur de mon cœur.

Rosine

A Madame Marie H.

Rosine songe à sa fenêtre. Elle est comtesse. Mais comtesse qui pleure. Hélas ! Almaviva, C'était ton cœur et point ton nom qu'elle rêva : Doux rêve devenu cruel à sa tristesse.

Quoi ! si vite l'amour perd sa délicatesse !

Si vite?... Mais voilà dix ans qu'on l'enleva.

Oui, dix ans ! Comprend-on pourquoi le temps s'en va,

Quand les jours sont si longs, avec tant de vitesse ?

Dans l'ombre un espion l'observe : son époux ! Depuis qu'il a cessé d'aimer, il est jaloux, — Autant que Bartholo, mort la veille, pauvre âme !

Le jour se lève et montre un ravissant tableau : Chérubin écrivant des chansons pour sa dame... Si pourtant elle avait épousé Bartholo !

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