I04 POÈMES ET SYLVES
Et l'arc d'Eros, si les traits ne partent doubles, blesse
Soûlas et liesse.
Si la mare, au roseau, si l'onde pure, au peuplier il faut, Soupire-t-elle la palombe après le gerfaut, La carpe après l'hameçon ? Après le taon sonore, Soupire-t-il le bœuf? 0 Cyclope, oublie ore Dame qui n'a franchise. Sache, plutôt, que le verg-er D'épices soit g"arni, ou qu'un feuillag-e étranger Ente l'antique tronc, et que dans la corbeille, Faite de baguettes de saule, et d'osier léger, Avecque soin le lait se caille. »
Ainsi tu parles, vieille Goty taris.
Oublie ! oublie ! Euh, foin De vos thriacles, bélîtres, botteleurs de foin.
Langues radoteuses ! Qu'il ait Un bois retors et de mainte coudée
Le front d'un cerf nouvelet, Que, badin, le cerf aux abois frappe
L'herbe, d'un pas alterné,
Ou que, surpris, le chien du Ménale
Par le lièvre soit mené; Que l'homme amputé de sa dextre
Tire l'épée à-deux-mains.
Que le perclus vainque à la course
Atalante aux pieds soudains, Que la mule rétive et la cavale
Mâchent comme gingembre leur mors, Et qu'elle se rengorge, la taupe
De deux yeux d'Argus : alors Lorsque vous aurez dit : Oublie, oublie, ô Cyclope ! Vos bouches parleront selon leur nature de bouche, et non
Telle la peau d'un vieil onagre
Qui raisonne au tympanon .
0 Mélibée, aussi, Ne disais-tu pas Ghariclée
En grief souci De ne voir, dans ma barbe mêlée, Le ruban, dont présent me fit, Par sa main, son coeur déconfit ?
0 Cotytaris, maquerelle,
Io6 POÈMES ET SYLVES
Ta face rusée, en son pli
Gèle et décèle ; Comme Corinne serait aise S'elle avait par mes travaux empli De lait, son tétin rose et fraise.
Mieux que Corinne, sous la tunique détorse, Nulle n'a la cuisse potelée ; Couleur du cèdre dépouillé de son écorce Sont les cheveux de Chariclée.
Corinne a les cheveux comme une lueur.
Mais Galatée a tout mon cœur,
Chariclè'bonne et doucette et tendre Baisse ses yeux de pierre aventurine ; Telle la bacchante de Thrace sait s'étendre D'audace barbelée, Corinne.
Chariclé'charme par sa pudeur, Mais Galatée a tout mon cœur,
Galatée, mon beau souci, Dame, Ma Dame sans merci,
De ce cœur, telle la plaine féconde, M'allez-vous faire un cœur plus dénudé Que le bois par l'hiver émondé, Et plus stérile que Tonde.
Galatée ! l'osmonde Juliette, L'aneth éclos à la matinale fraîcheur, la sarriette, L'ache, si ma main les cueille, Des ronces ne valent la feuille.
Galatée! l'ambre en chapelet, Le grenat semblable à la flamme, comme lait Les perles sitôt remuées, Prases, jaconces, si j'en veux Tresser vos boucles de cheveux.
En roche bise sont muées.
Chères mains à toutes g-râces vouées, Dame douce ! cette guerre cessez, Et de pitié (comme L'épine porte l'amome) Votre rigueur fleurissez.