OFFRANDE A L'AMOUR
Favorise mes chants, ô Amour, donne-leur
De tromper, même un cœur prudent, par la lang'ueur
Du doux désir. Afin que tout divers mué,
Que tout entier tu sois de ma verve rué :
(Apollon sur la lyre et Pan dans les pipeaux)
Entre dedans mon sein, courbé sous les faisceaux
De ces traits, artisans d'une charmante rag-e.
Dont tu blessais Procris et Didon de Garthasre.
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Elle a fini déjà, pour cette nuit, sa route, L'étoile qui d'aimer conseille. Hélas! écoute, Ne me dis pas : Pourquoi ce fol amour? Jamais, Me renflammantle sang- d'une coupable envie. L'arc ne sera tendu, ni encoches les traits.
Si la lumière, vois, de l'étoile a baissé.
Certes, c'est que le tiers des heures a passé.
Non, non, ne me dis pas : Pourquoi ce fol amour?
Jeune lig'e, pareille à ce noble palmier
Que dans l'âpre Délos Ulysse vit un jour.
t4o POÈMES ET SYLVES
Laisse, laisse Cypris à l'horizon descendre,
L'air est tout imprég-né du pollen des fleurs tendres;
Ferme tes yeux aimés, Puisque l'ombre qui croît me les a dérobés. Apollon me chérit, et le fils de Mercure, Le bon Pan corne-bouc, de mon jeune âge eut cure. Dans le sacré Cyllène où les Nymphes des eaux M'ont nourri, de ma main j'ai co".pé maints roseaux : D'un art industrieux j'y sais feindre à merveille La cime des forêts, quand le matin l'éveille.
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Ce ne sont pas ceux-là qui blessent ma pensée, Les membres délicats où tu es enfermée ! 0 Enone, tu peux, semblable à cet oiseau Qui dessus le Taygète engendra les gémeaux, De grâce armer ton cou, armer ta bouche encore, Le poli de ton teint, riche et brillante aurore ; Ton oblique regard, de sa plus vive flamme : Je connais mieux ainsi la pudeur de mou âme !
l42 POÈMES ET SYLVES
Que ce soit en pleurant, enfin je Tai connu
Ce désir innocent qui de toi m'est venu.
0 visag-e divin qui commandes l'amour,
Et quinesoufTrespas que l'Amour nous commande ;
0 illustre vertu ornée de jouvente,
Les doux rais de tes yeux me disent : Vois ton cœur,
La glace de ton coeur n'est plus que souffle et pluie !
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Les Liés auront mûri sous le Cancer aident Et Bacchus renaîtra de la grappe foulée, Les Hjadcs viendront, et vienJiont à leur tour Les funestes frimas que sème le Borée.
L'eau sY'goutlc ù doux bruit, les près sont éclatants, A présent sontles jours messagers du printemps ; Diane encor ne guide une meute hardie, Philomèle soupire au plus haut des forêts, L'arc flexible de Cypre ébranle de ses traits L'Eiher, source de vie.
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l44 POÈMES ET SYLVES
0 Vénus, ô déesse amante duberg-er Qui menait sur l'Ida son troupeau étranger, Que ton enfant cruel et pourtant adorable Détourne de mes yeux sa torche déplorable ; Que, reprenant pour moi son visag-e ancien, Grave et tel qu'il sortit du germe ouranien. D'un prestig-e décent mon faible cœur étoune ! Dorée^ tes desseins je ne les pus tromper : Une dernière fois tu me viennes frapper, Je ne me flatte plus, je brûle pour Enone.
Autrefois je tirais de mes flûtes légères Des fredons variés qui plaisaient aux bergères Et rendaient attentifs celui qui dans la mer Jette ses lourds filets et celui qui en l'air Dresse un piège invisible et ceux qui d'aiguillons Poussent parmi les champs les bœufs creuse-sillons. Prlape môme, alors, sur le seuil d'un verger, En bois dur figuré, semblait m'encourager. Ma flûte ne sait plus, hélas! me réjouir, Mon cœur est travaillé de crainte et de désir.
Adieu, roseaux amis que savait pertuiser, Pour être les premiers, ma main! Je veux creuser La tige du lotus ; s'il est vrai que sa fleur, En apaisant la faim, apaise la douleur Et fait à l'homme errant sur Neptune écumeux Oublier sa patrie et ses antiques Dieux : Lorsque j'y soulflerai, avecque mon haleine Peut-être envolera ma peine.
L'eau qui jaillit de ce double rocher Remplit ce long- bassia d'une onde trépillante ; Les frônes, les ormeaux, où viennent se percher Linottes et serins, Et pies et tarins, Lui font une voûte ondoyante Qui garde mieux qu'un toit De tuiles, lorsque ainsi Sirius pique droit.
ll\S POÈMES ET SYLVES
Viens g-oûter la fraîcheur de cette onde secrète,
0 chère Enone, jette Et tissus et bandeaux; ton esprit gracieux
Cache à mes yeux
De voiles plus épais
Tes corporels attraits.
Enone, vous fuyez! 0 tourment, ô douleur,
0 malheureuse flamme I 0 couverte pensé', trop perfide oiseleur
De mon âme 1
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Sœur de Phébus charmante, Qui veilles sur les flots, je pleure et je lamente, Et je me suis meurtri avec mes propres traits. Qu'avais-je à m'enquérir d'Eres, fils de la terre 1 Eros, fils de Vénus, me possède à jamais.
Guidant ta course solitaire, Lune, tu compatis à mon triste souci.
0 Lune, je le sais, non, tu n'as pas, vénale, A Pan barbu livré ta couche virginale, Mais les feux doux-amers te renflammant aussi Par les yeux d'un berg-er dans sa jeunesse tendre. Sur le mont carien tu as voulu descendre.
l5o POÈMES ET SYLVES
De ta douce lueur, ô Phébé, favorise Ma plaintive chanson qu'emporte au loin la brise, Et fais que mes soupirs, de l'écho répétés, Etonnent la fraveur des antres redoutés.
Fier printemps ravisseur, que tu m'as abusé, Et de quel faux semblant lu as mon cœur brisé! L'hirondelle à présent sur la mer s'est enfuie, Le cri de l'échassier nous ramène la pluie ; Le prudent laboureur qui songe à ses guérets De la cognée abat dans les tristes forêts L'yeuse qui répand à terre son feuillage. Automne malheureux, qucj'aimoton visage!
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POKMF.S ET SYLVES
Énone, j'avais cru qu'en aimant ta beauté
Où l'âme avec le corps trouvent leur unité,
J'allais, m'affermissant et le cœur et l'esprit,
Monter jusqu'à cela qui jamais ne périt.
N'ayant été créé, qui n'est froidure ou feu,
Qui n'est beau quelque part et laid en autre lieu ;
Et me flattais encor d'une belle harmonie
Que j'eusse composé' du meilleur et du pire,
Ainsi que le chanteur que chérit Polymnie,
En accordant le grave avec l'aig-u, retire
Un son bien élevé sur les nerfs de sa lyre.
Mais mon courag-e, hélas ! se pâmant comme mort,
M'enseig-na que le trait qui m'avait fait amant
Ne fut pas de cet arc que courbe sans effort
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La Vénus qui naquit du mâle seulement,
Mais que j'avais souffert celte Vénus dernière
Qui a le cœur couard, né' d'une faible mère.
Et pourtant, ce mauvais g-arçon, chasseur habile,
Qui charg'e son carquois de sag-ette subtile,
Qui secoue en riant sa torche, pour un jour,
Qui ne pose jamais que sur de tendres fleurs,
C'est sur un teint charmant qu'il essuie les pleurs,
Et c'est encore un Dieu, Enone, cet Amour.
Mais, lais<;e, les oiseaux du printemps sont partis,
Et je vois les rayons du soleil amortis.
Énone, ma douleur, harmonieux visag-e,
Superbe humilité, doux-honnéte lang'ag-e.
Hier me remirant dans cet étang- g^Iacé
Qui au bout du jardin se couvre de feuillag-e.
Sur ma face je vis que les jours ont passé.
SYLVES
ÉNONE AU CLAIR VISAGf: ET SYI.VES l^']