‹ Poèmes et sylves, 1886-1896Chapitre 32 sur 57 · VIGILE DU POETE ROMAN · texte numérisé non relu

VIGILE DU POETE ROMAN

Amicale clarlô du ciel, déesse triple, Pliébé que réjouit la miche au pur levain, Asléri' dont le trait ne manque pas la cible, Hécate dont la corne est sacrée au devin ! Je n'ai pas dans le miel les dents du lynx dissoutes, Ni contraint l'Aquilon à rabattre son bruit. Je ne viens pas troubler ta course dans la nuit. Ma bouche ne dit pas le chant que tu redoutes.

POEME.'; ET SVLVES

Vois plutôt sous ces bois couronnés de l'Été

Mon Erato, fervente aux fastes bucoliques,

A song-er qui élut la fraîche opacité

Que baigne doucement laMarneaux bords obliques.

Lune, veuille que l'or abondant ne me soit.

Mais que la pauvreté n'habite pas mon toit ;

Que si m'assaut l'adversité, d'un penser droit

Mon âme la médite, et que la Paphienne

Ne m'arde pas soudain du brandon rig^oureux

Qui fît le Perce-monts fileuse lydienne.

Que ceux faussement peints ne m'abusent, qu'entre eux

Je passe avec le cœur lég'er, ô bonne Lune,

D'un petit oiseau ! car, dans mon sang- chaleureux,

De ton frère à l'arc d'or je porte la fortune.

De la marche normande au pays ang-evin.

Où la pomme est gaulée, où fermente le vin,

Chacun eût estimé sa valeur importune

De n'entendre ma voix et que fût empêché

Mon plectre (honneur gallique) au luth trois fois touché.

ÉNONE AU CLAIR VISAGE ET SYLVES l6l

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