A CHARLES MAURRAS
Peslum qui deux fois l'an volt naître et mourir Adone, Lucrctile ag^réable qui bruit encor Des vers latins chantés sur la lyre de Lesbos, Hybla qui nourrit ses abeilles de la fleur Du saule, Ustique où le Faune léger, du lycée fuitif, Ecarte de la chèvre et de son époux odoreux L'Eté et l'Auslre ;
Ni la rive abordé' de la troyenne proue,
Ni l'ombreuse Tibur, et ni l'heureux coteau
Où, charmé sous la voix du cygne de Mantoue,
Tel la source au cheval parla le Mincio,
Ne surent plaire au cœur des Muses et des Grâces
Ainsi que tu le fais, ô dorée Provence !
Jaufred, Arnaud Daniel
Au slyle doux comme miel,
Pierre qui sentis la darde
De la belle Nesmengarde,
L'autre Arnaud qui n'eus soûlas
De la Dame de Bourlas,
Bernard, Anselme, Folquette
Qui capucin te rendis^
Et Raimbaud qui de Phanette
Rimas en Aubes et Dits :
Votre vertu, de l'arbre du Ponée, Aux champs d'Elise soit à jamais couronnée, Aimables provençaux par qui sut bien les sons, Mignardement sonnes, des jeux et des tensons,
ENONE AU CLAIK VISAGE ET SÏLVES I79
En pays champenois, le grand Thibaut, mon maître.
Sur tes grèves conduit paître
Protée encor son troupeau,
0 Provence qui vis naître
Et Pontopore et Spéio,
Et la belle Galatée,
Et Mélite au doux souris,
Filles que du dieu Nérée
Eut la princesse Doris.
Rivage heureux, si la Parque me file Des jours d'amertume trempés, Alors que les épis stériles Auront mon attente trompé, J'irai vers toi ; à l'heure où la cjprine
Vesper ramène la fraîcheur.
Couché dessus l'herbe marine.
J'appellerai le sort de Glaucque le pécheur.
ÉNONE AU CLAIR Y1SAG1-: ET SYLVE.S l8l