‹ Poèmes et sylves, 1886-1896Chapitre 39 sur 57 · A CHARLES MAURRAS · texte numérisé non relu

A CHARLES MAURRAS

Peslum qui deux fois l'an volt naître et mourir Adone, Lucrctile ag^réable qui bruit encor Des vers latins chantés sur la lyre de Lesbos, Hybla qui nourrit ses abeilles de la fleur Du saule, Ustique où le Faune léger, du lycée fuitif, Ecarte de la chèvre et de son époux odoreux L'Eté et l'Auslre ;

Ni la rive abordé' de la troyenne proue,

Ni l'ombreuse Tibur, et ni l'heureux coteau

Où, charmé sous la voix du cygne de Mantoue,

Tel la source au cheval parla le Mincio,

Ne surent plaire au cœur des Muses et des Grâces

Ainsi que tu le fais, ô dorée Provence !

Jaufred, Arnaud Daniel

Au slyle doux comme miel,

Pierre qui sentis la darde

De la belle Nesmengarde,

L'autre Arnaud qui n'eus soûlas

De la Dame de Bourlas,

Bernard, Anselme, Folquette

Qui capucin te rendis^

Et Raimbaud qui de Phanette

Rimas en Aubes et Dits :

Votre vertu, de l'arbre du Ponée, Aux champs d'Elise soit à jamais couronnée, Aimables provençaux par qui sut bien les sons, Mignardement sonnes, des jeux et des tensons,

ENONE AU CLAIK VISAGE ET SÏLVES I79

En pays champenois, le grand Thibaut, mon maître.

Sur tes grèves conduit paître

Protée encor son troupeau,

0 Provence qui vis naître

Et Pontopore et Spéio,

Et la belle Galatée,

Et Mélite au doux souris,

Filles que du dieu Nérée

Eut la princesse Doris.

Rivage heureux, si la Parque me file Des jours d'amertume trempés, Alors que les épis stériles Auront mon attente trompé, J'irai vers toi ; à l'heure où la cjprine

Vesper ramène la fraîcheur.

Couché dessus l'herbe marine.

J'appellerai le sort de Glaucque le pécheur.

ÉNONE AU CLAIR Y1SAG1-: ET SYLVE.S l8l

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