DEESSE AUX YEUX D'AZUR
Déesse aux yeux d'azur, Minerve g-lorieuse, Tritog-éni', Pallas, pudique, ing-énieuse, Protectrice Athéné qui mainteDant habiles Où ma Seine, en flottant, sa course précipite. Fais que l'intègre voix qui de ma lyre sonne, Ayant vaincu le temps, d'âges en âges donne Aux femmes la douceur, aux hommes un cœur pur. Ainsi je te salue, ô vierge aux yeux d'azur.
ERIPHYLE
ET
SYLVES NOUVELLES
ÉRIPIIYLE
ÉRVPHILE
Suivant la docte trace Du Mautouan fameux qui m'a nourri de sa grâce, Sur le Styx odieux et l'Achéron avare, Eriphyle, je viens au fond du noir Tartare. Ne me dcdaig-ne pas, Mâne charmante, laisse Brûler devant mes yeux ton antique tristesse, Et tes larmes couler dans mon esprit pieux. Comme en un vase pur u» iiaiime précieux.
« Essence pareille au vent léger, (' J'erre
« Depuis que la vie a quitté
« Mon corps.
K Mais les souillures et les maux du corps, « La mort ne les efface.
(( Ainsi, écoute: Le souci
« D'une ceinture dorée « Ne m'a vaincu' comme l'ont conté
« Des bouches abusées ; « Mais c'est Cypris aux crins dorés,
« Déesse des trophées.
« Mon époux, c'était un héros,
(., Il était fils d'Oïclée ; « Il avait ramé sur le navire Arg-o
« A côté de Thésée.
« De Phébus aux longs traits, d'Apollon
« Il était augure; « Mais sa barbe était à son menton
« Chenue et dure.
« Et l'autre quand il vint, il était
ERIPHYLE ET SYLYES NOUVELLES 209
« Dans sa jeunesse tendre ; « Sur sa joue à peine un blond duvet
« Commençait à s'étendre.
« Le tambour bérécynthian
« N'emporte l'âme « Comme faisait sa voix disant :
« Les Dieux vous (/ardent, noble Dame.
« Alors je sentis que ma pudeur
« Etait la feuille tombée, « Et mon désir semblable à la fureur
« Rapide de Borée .
« 0 jeunesse, tes bras « Sont comme lierre autour des chênes
« Mais la vieillesse, hélas!
« Est une foule d'ombres vaines. »
Elle dit, puis se tait, déçue en son courag-e. Tel un coursier rétif qui soudain prend ombrag-e, Ta mémoire recule, ô spectre épouvanté, Et jamais de ta bouche il ne sera conté
Qu'un fils, pensant veng-er ton amour adultère, A souillé de ton sang la terre nourricière. Au séjour de Minos et d'Eaque inflexibles, 0 femme, tu n'as plus tes membres corruptibles, Ces yeux porte-lumière et l'épais de ces tresses, Ces délicates mains, délices des caresses. Maintenant de l'amour la tendresse divine Décrirait un vain cercle autour de ta poitrine. Mais du bras d'Alcméon la parricide offense Trouve tangible encor ta trompeuse apparence. Ainsi frappe le coin une yeuse abattue Au profond des forêts pour former la charrue. Hélas ! mortels, fuyez comme un port dangereux Les perfides conseils d'un soin ambitieux. Que diverse est la chance et l'attente peu sûre, Alors que nous passons la commune mesure ! D'un cœur jamais surpris la sage volonté Ressemble ce beau char qu'un bras adextre guide. Mais l'aveugle courroux, comme un taureau stupidf^. Souvent manque le but et s'élance à côté.
EiUPIIYLE ET SYLVES NOUVELLES
0 ma Muse, quittons ce fleuve et ces campagnes, Et Pluton, et les sœurs que l'on n'ose nommer, Et que cette Ombre enfin rejoig-ne ses compagnes Qui sont mortes d'aimer.
Je vois la triste Phèdre, innocente et coupable, Myrrhe qui consomma son désir exécrable, D'un funeste présag-e Aglaure déchirée Et Ganacé, épouse et sœur de Macarée, La reine de Lemnos, qui brûla pour son hôfe, Le parjure Jason, l'intrépide Argonaute, Héro, Laodamie, Hermione, Eurydice, Cydippe, prise aux lacs d'un fatal artifice, Procris au tendre cœur, jalouse de l'Aurore, Hypermnestre, Evadné, cette Phyllis encore, Et la sage DIdon, que le pieux Enée Pour obéir aux dieux avait abandonnée.
Gomme ce pâle essaim de malheureuses Ombres, Du Styx au triple tour couvrant les rives sombres, Au penser doux-amer de son ancien martyre
S'agite tristement et doucement soupire ! Ainsi par un beau soir, au milieu de la plaine, La tig-e que le vent bat d'une tiède haleine.
Grand honneur mantouan, harmonieux Virg'ile, Telle sur son passag-e une onde au cours tranquille Favorise les plants de son humeur nourris, Telle la docte voix de ton plectre rendue,
D'âge en âge épandue, Elève la vertu des intègres esprits.
Et toi Dante qui sus, égalant les antiques, Hausser le faible essor de tes Muses gothiques, Tant tu avais le cœur de Galliope plein, Dans la grave douceur de tes divines rimes, Du grand Pai^nasse saint tu gravis les deux cimes Pour chercher le chemin du paradis chrétien. 0 mes maîtres chéris, à vos leçons docile, J'osai faire parler les mânes d'Eriphyle ; Veuille donc, Apollon, illustre entre les dieux, Renflammer tout soudain ma fureur languissante.
ÉnU'HYLE ET SYLV£S NOUVELLES 2l3
Que sur le luth français j'accorde pour vous deux
Les paroles que dit dans la Cité dolente,
En langage toscan, le plus fcune au plus vieux :
0 fonts de poésie, ô pères, fameux sages, Odes autres chanteurs ornement et clarté, Soutenez ma faiblesse et que me soit compté Le désir qui m'a fait rechercher vos ouvrages.
SYLVES NOUVELLES