QUI FEMME A
Quand femme vous aurez, jeunes hommes imberbes Prenez un maître avec des fleurets, des plastrons ; Envoyez des paquets de balles dans les ronds, Apprenez à vos yeux les allures superbes.
Ayez des aspects durs et des gestes acerbes, Des cheveux droit plantés sur de robustes fronts, Soyez forts, soyez sûrs, soyez nets, soyez prompts, Car vous récolterez les querelles par gerbes.
Les autres sont debout et guettent votre bien ; Ils dépenseront Tout pour la Femme, ce Rien : Les nuits blêmes et l'or, le sang et la promesse.
La fémininité perfide sourira —
Malgré tous les serments sur le livre de messe
Ou la Bible d'Amour. — Las! qui femme a, guerre a.
SO.XGE. MENSONGE
Elles s'ouvrent au jour dans la rosée en perles, Suiis le baiser furlif des viveurs papillons, El, pleines de bonté, donnent à boire aux merles Aux mendiants, de quoi décorer leurs haillons ; Ce sont coquelicots, muguets, verveines, menthe; Un trésor d'arc-en-ciel que le sol fait jaillir — Et songer qu'il y a trop de fleurs sur les pentes, Et qu'on n'a pas le temps de toutes les cueillir I
Là-bas, les flots venus des lointains antipodes, Se culbutent, roulant, et chantant leur chanson, Vagues de mer ayant connu toutes les modes Et vu tous les pays couchés sous Thorizon.
SONGE. AJ EXSONGE hO
Porteuses des vaisseaux e-. des marins volages, Elles disent : Vers quel Ailleurs nous en aller ?
Et songer qu'il y a d'autres et d'autres plages, Et qu'on n'a pas le temps de toutes les fouler !
Là-haut, Vénus et Mars, Jupiter et Neptune - Étonnent le Chaos, aïeul de l'Océan ; Et, de leur soc de feu sillonnant la nuit brune, Nous tracent des chemins dans l'Inconnu béanL Elles disent « bonjour » aux errantes comètes, Ces bohèmes munis d'un fier laisser-passer. —
Et songer qu'il y a des valses de planètes, Et qu'on n'a pas le temps de toutes les valser !
Celles-îa font vibrer l'espérance infinie, Fugitives amours, rudes ambitions, Après elles laissant des vapeurs de génie Sur le sable toujours mouvant des passions,
Douces à concevoir, et de rêves fardées,
Dans la griffe du rythme on voudrait les sertir.
Et songer qu il y a de frileuses idées.
Et qu'on n'a pas le temps de toutes les vêtir !
Or les belle? s'en vont aux sourires, aux fêtes,
Montrant le dos si pur, et le sein demi-nu,
L'échantillon des chairs suavement parfaites
Qui, par ce que l'on voit, révèle l'inconnu.
Mystérieux appels ! Enigmaliques flammes !
Où nos cœurs de bois mort se voudraient consumer !
Et songer qu'il y a trop de divines femmes, Et qu'on n'a pas le temps de toutes les aimer.
YI
Dans un cnvolemcnt de jupes balayeuses Tournent les habits noirs des valseurs amoureux. Les neiges de la nuit s'ébattent curieuses - Aux vitres, ces remparts frêles et vigoureux
SONGE , MENSON GE 51
De factices soleils versent de chauds mensonge^ L'orange la plus mûre a des fleurs d'oransrer.
Et dire qu'à Paris il y a tant de songes, El que le tourbillon empêche d'y songer !