‹ Poèmes ironiquesChapitre 46 sur 79 · TEMPS DE PLUIE · texte numérisé non relu

TEMPS DE PLUIE

Paris a quelquefois des allures funèbres.

Le Brouillard et la Pluie appellent les Ténèbres. Et leur disent : Venez transformer en tombeau, Ce Paris qu'un soleil fait si vivant et beau ; Venez ! nous tournerons le long des avenues. Au cœur des amoureux, au cœur des ingénues, Nous ravirons le clair bouquet aux mille fleurs, Et nous y placerons l'immortelle des pleurs — Les rires se fondront au souffle de la brume ; Et les joyeux d"hier, désertant le bitume, Sous leurs manteaux pareils aux suaires des morts S'enfuiront éperdus. — Ils faibliront ces forts ! — Au lieu d'oublier tout, et de brûler la vie, Ils auront des sursauts de terreur et d'envie : Ils se rappelleront ia mort de chers parents — 0 les rêves défunts, les soucis écœurants ! Les nuits d'anlan et les maîtresses disparues ! Ils auront le dégoût des squares et des rues ; Ils rentreront chez euy, pénibles, Tœil fondant.

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El près de Tâtre obscur où la flamme en jrrondant,

Essaiera de lutter contre la bise arrière,

Ils penseront combien leur vie est éphémère,

Combien tout est banal, inutile, odieux ;

Les plus fiers sertiront de larmes leurs deux yeux ;

L'homme de cœur aura des pensers de couleuvre

L'artiste se prendra de dégoût pour son œuvre,

Le penseur cherchera son front sans le trouver ;

Tous passeront leur temps en lutte, à s'énerver,

Vaincus comme Lsraël combattant contre l'ange ;

Leur Idéal disparaîtra, noyé de fange;

Ils baisseront la tète, et diront : Qu'y a-t-il?

Et nous viendrons avec notre venin subtil

Répondre : Rien, il n'y a Rien, Hommes ni Choses ;

Rien parfums d'Idéal, Rien souvenirs d& Roses ;

Les Femmes ne sont rien, et l'Avenir n'est rien !

Pur néant I rien le Beau ! rien le Yrai ! rien le Bien !

Or, pour fuir ce lr)gis que la tristesse oxyde, Où tournent des pensers vagues de suicide, Pour fuir le spleen, l'amer dégoût, et les remords ! Ils voudront ressortir — Hélas ! rentrer dehors ! Chercher en des coins noirs des amis invisibles. Recommencer, mouillés, sinistres, impossibles, La marche sous la pluie effroyable, traînant Suicide, remords et spleen à l'avenant.

Jusqu'à ce qu'un rayon, perçant la voûte noire, De nouveau les convie à chanter, rire et boire, A réaimer Paris, ses femmes et ses fleurs... En attendant, venez, ô princesses des pleurs, Venez, Brumes, venez. Fanges, venez Ténèbres I

Paris a quelquefois des allures funèbres.

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