‹ Poèmes ironiquesChapitre 74 sur 79 · LA RANCŒUR DU SCEPTIQUE · texte numérisé non relu

LA RANCŒUR DU SCEPTIQUE

On m'avait, dit : h Pour être ici-bas invincible, « Il faut avoir le cœur bardé d un triple acier ; « Rester hautainement, l'œil sec, Fànie insensible, H Dans l'immobilité correcte d'un glacier! »

Je l'ai cru! J'ai tué l'illusion qui cbanle, Avant même qu'elle ait pu sortir de son nid. Je marchai sur les fleurs, el ma verve méchante Piétina ce ballon dégonflé : l'Infini.

J'ai suivi les leçons des modernes apôtres : Sur un monde visé, sous un ciel contrôlé, Je me suis déclaré bredouille avec les autres, Et revenu du Rêve, avant d'y être allé.

Soit! la Réalité m'a saisi dès l'enfance; L'égoïsme m'a fait mépriser l'amitié :

Les railleurs m'ont vendu deux sous d'expérience, Et j'ai jeté sur l'homme un regard de pitié.

On m'a dit : « Il est faux! » et sous le moindre geste, J'ai scruté linlérêt morne, la trahison;

LA TEIUIE DE PROCUSTE 101

La main que l'on me tend m'ofîre-t-elle la peste? Et le cœur tout de miel cache-t-il du poison?

On m'avait dit : « La Femme est folie ou sottise, « Ce que vous appelez rêve n'est qu'un besoin ; « Achetez à l'encan des baisers, quoi qu'on dise ! « Le plaisir, allez-y! L'amour, n'y croyez point! »

Aussi, quand je sentais des élans de tendresse De mon cœur entr' ouvert s'élancer, hasardeux, Ma bouche se fermait, même au sein de l'ivresse, De sorte qu^EUe et Moi, nous étions toujours deux.

Eh bien ! qu'ai-je gagné, mes maîtres réalistes, A faire de mes yeux une éponge sans eau ? Au lieu de rêves gais, j'ai des cauchemars tristes, Et le Vrai de la Vie en a chassé le Beau.

Rire de tout : de Dieu, de l'Homme, de Soi-même; Être assis sur la borne à voir l'Humanité Fiévreusement jouer son printanier poème, El siffler des acteurs dontt)n est dégoûté!

Sans jouer pour son compte! Est-ce dune là la Vie, Ce sarcasme sans fin, cette dérision?

IJiii rendra désormais, dites-moi, je vous prie, Aux fleurs mortes la sève, aux cœurs l'illusion?

VU

Page 1