‹ PoëmesChapitre 11 sur 26 · LE CHŒUR ENTIER · texte numérisé non relu

LE CHŒUR ENTIER

Mais laissons aux vieux jours leur ombre et leur lumière. Marchons sans regarder ce qui reste en arrière;

Car, dans chaque repli De Fon manteau, le temps caclie des dieux sans nombre. Quel œil pourrait sonder ce que voile ton ombre,

Panthéon de l'oubli?

Laissons dormir les morts. Lorsque le dieu s'envole, Irons-nous dans la nuit déterrer son idole

Pour fléchir les genoux?

A de plus jeunes dieux réservons nos prières, Retirons-nous : l'autel qu'ont ébranlé nos pèros

S'écroulerait sur nous.

Mon espoir n'est pas là. C'est en vain que les sages Des dieux de ma jeunesse évoquent les images :

Je n y puis revenir.

Titan, faut-il dresser Tautel d'un nouveau maître? . Mais qui vaisje adorer? Quand verrai-je paraître

Le dieu de l'avenir?

PROMETHEE.

mortel ! tu l'as dit, dans le corps de ri<lole L'àme du dieu n'est plus, l'oracle est sans parole. Cherche la vérité, ne l'attends pas du ciel.

La sagesse n est plus au fond du sanctuaire.

Ne va donc plus, courbant ton front dans la poussière, Aux terreurs de tes nuits élever un autel.

(]omme le voyageur qui voit dans un nuage Briller sur certains monts sa gigantesque image. Ainsi, voyant passer, dans le désert des cieux, Aux clartés de la foudre, un grand Êmtôme sombre, Timide et n'osant pas reconnaître ton ombre.

Tu te pris à trembler, et tu l>aissas les yeux.

Relève enfin la tète, et soudain en fumée

Sous ton souffle fuira la larve inanimée.

Les temps sont maintenant accomplis : Zens est mort.

L'Idéal est en toi : voilà le dieu suprême;

Oui, le temple, le pi'ètro et le dieu, c'est toi-même.

Contemple ta grandeur : te voilà seul, mais fort.

De cet orgueil divin je t'ai donné l'exemple :

La science est le dieu dont mon âme est le temple.

Par delà F horizon où s arrêtent tes yeux, Tu peux, sur les sentiers que fraya mon audace, Dans un monde inconnu t'élancer sur ma trace. Et rapporter, vainqueur, le feu sacré des cieux.

Ton âme, en traversant et l'espace et les âges. Verra s'évanouir, comme de vains mirages.

Ces fantômes de dieux, sombres fils du chaos. Reculés chaque Jour aux confins du possible, Dans un infini vide, obscur, inaccessible.

Empire sans soleil, sans vie et sans échos.

Sages des temps passés, votre tâche est remplie :

Vous avez déchiré, devant l'humanité,

Un pan du voile noir cachant la vérité.

Tous, vous avei! versé la parole de vie

A l'homme, qui ne vit pas seulement de pain.

La manne des esprits naissait sous votre main.

Maintenant l'homme est fort : il s'élance et s'envole, Porté par sa pensée) au jeune aigle pareil)

Il cherche hi lumière et veut voir le soleil.

La science a brisé l'entrave du symbole,

Et l'homme, que vos mains guidèrent tour à lour,

Par vous peut aujoui'd'hui marcher seul au grand jour.

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