‹ PoëmesChapitre 21 sur 26 · EMPÉDOCLE · texte numérisé non relu

EMPÉDOCLE

Au sommet de TËttia, debout près du cratère, Comme Héraclès devant le bûcher de TŒla, Embrassant du regard TOcéan et la terre, Empédocle adora la nature et chanta :

Miroir de llnfini, flots de la mer divine, Gouffre inviolé, grand horizon bleu !

Lampes du ciel profond dont la nuit s'illumine, Peuples de Tespace, étoiles de Dieu!

Éternelles forêts, mystérieux ombrages, Arôme enivrant qu*exlialent les bois!

solitude sainte! ô voluptés sauvages!

Bonliem* indécrit, liberté sans lois!

Nature éternelle, impénétrable, immense!

Ton temple est Téther, les monts tes autels; Dans ta nudité chaste et ta toute-puissance

Je viens t'adorcr, loin des bruits mortels.

Ta flamme, d'où jaillit Tétincelle éphémère Qui donne la vie au néant glacé,

M'a tiré de la nuit originelle, ô Mère!

Ton lait ma nourri, tes bras m'ont bercé.

Je me suis enivré de ce sommeil sans rèvo Que verse aux forêts le vent des hivers,

Et de ce lent réveil du printemps, quand la sève Couronne les bois de feuillages verts.

J'ai, tour à tour poisson muet dans le flot sombre, Taureau dans les champs, aigle dans le ciel,

Lion dans les déserts, sous ses formes sans nombre, Pas à pas suivi l'être universel.

Mille fois retrempée à la source des choses, Mon âme agrandie, en son vol joyeux.

Par Téchelle sans fin de ses métempsycoses.

Va de l'arbre à l'homme, et de l'homme aux dieux.

Maintenant il me Tant une demière épreuve ;

Je pars, mais je sais, en quittant le porf , Car déjà du Léthé j*ai traversé le fleuve,

Qu'un autre soleil luit sur Fautre bord.

Zcus, élher créateur, flamme, aliment des mondes.

De ton foyer pur l'esprit émané Y retourne: et toi, Terre aux entrailles fécondes.

Je te rends ce corps que tu m'as donné.

Des souillures des sens Tâme humaine se la^e Comme le métal qu'épure le feu ;

Etna qui me reçois dans ton ardente lave, Du sage qui meurt tu vas faire un dieu !

D'un suprême sourire il salua la terre.

Et l'Etna l'engloutit dans son brûlant cratère.

Et bientôt du volcan le reflux souterrain

Rejeta vers le ciel ses sandales d*airain.

Mais, ainsi qu'un navire aux vents livrant ses voiles,

L'esprit du sage errait au-dessus des étoiles.

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