CHŒUR D ANGES ET DE VIERGES
Les crimes des mortels ont fait pleurer les anges; Ma sœur, dis à la terre un éternel adieu.
Viens, nous te recevrons dans nos saintes phalanges, Viens, tes pieds glisseraient dans le sang de ton J)ieu.
Suis-nous, avant de voir la terre anéantie, Com«ne autrefois Sodome, au souffle du Seigneur.
Retournons au ciel, ta patrie,
Car des mortels la race impie Pour la seconde fois immole son Sauveur.
La foi, la charité, sont mortes sur la terre, La croix voile aux regards son éclat immortel ;
Viens régner avec nous dans nos champs de lumière, Viens écouter, ma sœur, la musique du ciel.
Anges, remplissez l'air du parfum de vos ailes, Vierges, couronnez-la de lis et d'immortelles; Longue nuit de Texil, adieu : voici le jour.
Prenez vos harpes d'or, chantons sa délivrance; Voyez, son doux regard que voilait la souffrance
Rayonne d'espérance.
D'espérance et d'amour.
HARMONIA
Allez, beaux anges blancs, dans le pays du rêve;
Déjà chaque étoile pâlit.
Et le flambeau d'Éos à l'horizon se lève ;
Anges, fuyez avec la nuit.
Là-haut vous trouverez de sombres cathédrales, Des vitraux aux mille couleurs,
£t les hymnes de Torgue, et des saints sur les dalles, Le front pâle et les yeux en pleurs.
beaux enfants ailés! blonde mythologie, Nous pleurerons souvent, le soir,
Vos mandolines d'or mêlant leur élégie A la vapeur de Tencensoir.
Et si parfois, au vent d'hiver, l'airain sonore Répand sa voix qui fait penser.
Le poëte à genoux croira vous voir encore, Comme Job, sous ses yeux passer.
LE CHŒUB.
L'écho du ciel s'endort : leur aile diaphane,
Leur musique et leur chaut, Glissent sur les rayons des astres du cx>uchant. Dans les flots de l'éther leur blanc cortège plane;
Partout Tombre les suit; Hélas! hélas! partout le sileuce et la nuit.
PROMÉTHEE.
Non, non, voici le jour! lumière sacrée î Premier rayon jailli de la nue empourprée.
L'univers te salue, et la terre enivrée
Chante un hymne d'amour.
Sous le manteau neigeux des monts que l'aube dore Murmure des glaciers la profondeur sonore :
Tel, Memnon, palpitant aux baisers de l'Aurore,
Saluait son retour.
Et, jetant sous ses pas sa pourpre triomphale, L'aube écoute ces chants, douce plainte qu'exhale, Comme un vivant soupir, la terre virginale
Aux caresses du jour.
L'astre dans sa beauté s'avance, et chaque étoile Dans un de ses rayons s'enveloppe et se voile;
Les nocturnes terreurs passent dès qu'il a lui. [léraclès, viens enfin, guidé par sa lumière, vainqueur des lions! héros, dieu de la terre, Comme lui bienfaisant, attendu comme lui.
HARMOMA.
Je vois à rOmdeut une sombre rosée; Tournoyant dans l'ospace, un immense vaulour Tombe : de son sang noir, sur la terre arrosée, Naissent mille serpents à la clarté du jour.
LE CHŒUR
TiLin, voilà celui qu'attend ton espérance!
Déjà sa flèche d'or a percé dans les cieux D'une injuste vengeance ïie ministre odieux.
Gloire immortelle à celui qui s'avance Pour réparer l'injustice des dieux !
Héraclès, ton bras fort a parcouru la lene, Laissant, pour proléger la sainte liberté, L'égide tutélaire De ton nom redouté.
Brise ces fers, à sa splendeur première Rends aujourd'hui le Tilan indompté.
HERACLES.
Me voici; tes jours d'esclavage,
Titau ! vont à jamais finir.
Tombez, chaînes, restez sur ce rocher sauvage, Monument éternel qui montre à l'avenir
Ce que coula, dans un autre âîic,
Le feu du ciel à conquérir.
fBOMETHEE.
Je suis libre! Salut, immortelle nature, AÉur foncé du ciel, champs de l'immcnsilé!
Salut, terre, salut, jour de la liberté !
Soleil, vivant flambeau, sources à Tonde pure. Prismes étincelants des monts cristallisés, Où mire Tarc-en-ciel ses reflets irisés i mon libérateur, salut ! gloire élenicllc A ton bras tout-puissant invoqué tant de l'ois ! Partage, dès ce jour, ma puissance nouvelle; L'univers à jamais est soumis à mes lois.
HERiiCLES
Oui, c'est grâce à tes dons que j'ai conquis la terre, tu tous lieux la science, invisible lumière, M*a conduit au milieu de cent périls divers.
Par loi j'osai d'Hadès violer les ténèbres.
Et je tirai du sein des profondeurs funèbres Les fantômes sans nom que cachaient les enfers. L'Érèbc est sans terreur, et ta flamme sacrée Éclaire, astre vivant, la terre délivrée La science et la force ont conquis l'univers.
HARMONIA
Symbole glorieux de la grandeur huiiiaiue, De la raison proscrite et de la volonté, Sur le inonde, ô Titan! pendant l'éternité, Tu régneras, auprès des débris de ta chaîne.
Mais, plus fort que ces dieux à jamais délaissés, Tu régneras aussi sur les siècles passés.
vous, révélateurs, flambeau de l'ancien monde. Vous qui, de l'homme enfant guides mystérieux. Pour assurer ses pas le suspendiez aux cieux. Et qui dormez, depuis, dans cette nuit profonde Où vous alliez chercher, tremblants et prosternés, La manne qui nourrit les peuples nouveau-nés;
Levez-vous, paraissez ! que mes accents niagicpics
S'élancent, reflétés aux grands échos du ciel,
Par delà les soleils et le vide éternel,
Vers le monde invisible où vos ombres antiques
Gardent pour Faveiiir les secrets oubliée Des symboles divins que vous nous révéliez.
prêtres du passé ! vos dieux vont disparaître : Ils ne régneront plus sur l'encens des mortels; Leurs idoles partout sur d'anti({ues autels Tremblent aux vents d'hiver. Venez tous reconnaîti^e Le nouveau Dieu du monde, et remettre en ses mains? Le bâton de pasleur (|ui conduit les humains.
LE€ RËVÉLATEUKS.
Tue voix jusipi'à nous a vibré : ipie veut-elle? tjuel pouvoir incomm vers ces monts nous conduit? Nous ne pouvons plus rien pour la race mortelle,
Quelle voix nous appelle
t)u fond de notre nuit?
(l'est ici la moiita<»ne où Dieu parle à la terre^ Le Mérou, le Bordjij TOlympCj le Sina»
PROHETHEE.
C'est ici le Caucase, où, bravant son tonnerre, J'insultai la colère Du dieu qui m'enchaîna.
LES RÉVÉLilTEURS.
Un étrange blasphème a troublé nos prières; Les échos l'ont porté jusqu'en nolie séjoin-,
PROUÉTUÉË.
C'est ma voix, libre enfin, qui crie aux éphémères : Des grands dieux de vos pères Voici le dernier jour.