‹ PoëmesChapitre 8 sur 26 · LES RÉVÉLATEURS · texte numérisé non relu

LES RÉVÉLATEURS

Nous avons aperçu l6s mers asiatiques

Qui de cent peuples morts baignent les grands tombeaux;

Nous avons salué les royaumes antiques Où nos voix prophétiques Ne trouvent plus d'échos.

Pourquoi nous rappeler? Laissez en paix nos ombres; fiaissez-nous, ô mortels! loin du monde odieux, Dans nos temples déserts, dans nos églises sombres,

Errer sur les décombres

Pour y pleurer nos dieux.

LE CHŒUR

Je salue à genoux vos ombrés vénérées, Sages des temps qui ne sont plus;

Laissez-moi retrouver dans vos voix inspirées L'écho lointain des jours perdus.

Prophètes qu'autrefois le pays de l'aurore Nourrit sous un ciel enchanté,

Est-ce de TOrient qu'il faut attendre encore La lumière et la vérité?

Orient parfumé, tout peuplé de chimères,

Ton soleil de pourpre est si doux, Ton ciel si pur, que Dieu va se choisir des mères

Parmi tes vierges à genoux.

Peut-être en ce moment quelque Christ qui s'ignore.

Aux soupirs du ruisseau natal, Repose en un lit d*ambre, attendant qu'on Tadore,

Au fond d'un bosquet de santal.

Prophètes d'Orient, l'avez-vous vu somîre.

Dans vos célestes visions?

Avez-vous vu porter l'or, Fencens et la myrrhe

Au nouveau-né des nations?

Ou bien, si l'avenir ne doit plus rien attendre, Si Dieu donna tout au passé.

prophètes! paHez, je veux encore entendre Les chants divins qui m'ont bercé.

MANOr.

L'éternel Brahm, serein dans sa grandeur suprême, Impénélrablc et seul, se contemple lui-même.

Il est tout, tout est lui, Tunivers est son nom. Gomme un rêve divin, de sa vaste pensée La nature infinie un jour s'est élancée, Harmonie aux cent voix, mobile et nuancée, Rellet toujours changeant, vivante illusion.

Si Brahm n'incarnait pas ses paroles fécondes.

Tous les êtres sans nombre, et les dieux et les mondes

Rentreraient au néant; mais celui qui créa.

Pendant l'éternité conserve et renouvelle. •

Et vous, sages élus, saints à qui se révèle

De ces divins secrets la lumière immortelle,

Cachez-les à jamais à l'impur paria.

PROMETUEE.

Et qui donc l*a jïermis de séparer, ô sage!

Ceux que la raison sainte a toujours confondust Dans rétemel banquet promis au nouvel âge, Tous seront appelés, et tous seront élus.

MANOD.

Brahm les fil inégaux : qui l'oublie ou rignorc, Sous mille corps divers naît, meurt, et naît encore. C'est par la vie, enfin, que tout crime est puni. Mais le sage, qui vit et meurt dans la prière, Immobile et les yeux fixés sur la lumière, Oubliant et son âme et sa vie éphémère, Se confond et s'abîme au sein de l'infini .

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