‹ PoëmesChapitre 9 sur 26 · HÉRACLÈS · texte numérisé non relu

HÉRACLÈS

Prêtre des anciens jours, tu t'es trompé : le sage N'est pas cet inutile adorateur des dieux

Qui jamais de leur ciel ne détourna les yeux, Et qui, sur cette mer sans astre et sans rivage, Fatigué de ramer et de chercher un port, Ainsi qu'en un tombeau dans rinfini s*endort.

La vertu, c'est la force; elle sage doit suivre La route où marche aussi le troupeau des humains, Mais pour guider leurs pas et frayer les chemins. Notre vie est un jour; mais Thomme qui veut vivre Saisit ce jour, foulé par deux éternités, Pour en faire jaillir d'immortelles clartés.

La lutte le grandit, la vie est sa conquête : Le repos, c'est la mort. Fût-il toujours vaincu, Il est vivant du moins, car il a combattu.

11 délivre, ii redresse, et jamais ne s'arrête. Et SCS pieds sur le sol n'osent se reposer Tant qu'il y reste encore une chaîne à briser.

ZOROASTRK .

Qui parle de lutte et de giieiTe?

N'est-ce pas là ce qu'autrefois Aux mortels enseignait ma voix?

Où sont les fils de la lumière?

Iran n'a-t-il plus ses grands rois?

Ahriman, le roi des ténèbres, Couvre-t-il de voiles funèbres La sainte terre des vivants?

Peu pur, feu sacré que j'adore, Ton flambeau n'a-t-il pas encore Purifié tous les Darvands?

Prions donc : à notre prière, Ormuzd, le roi de la lumièi'e, Combattra pour nous, et la terre Renaîtra comme au premier jour.

J'aperçois cette heure suprême :

Alors, ni sanglot ni blasphème, Tout renaît, et le mal lui-même Se fond dans l'éternel amour.

PROMETHEE.

Fils de l'antique Arie, ô toi, le premier sage Qui prononça le grand mot de pardon, Honneur à toi î Thomme bénit ton nom!

Mais, le temps est passé pour la prière, ô mago! L'homme a sondé les abîmes voilés Des cieux, jadis d'épouvante peuplés.

Dieux impuissants et sourds, celui qui vous implore Est-il plus grand que Torgueil invaincu Qui cherche en soi sa force et sa vertu?

Rentrez dans le chaos î Du ciel muet encore Tous les échos bientôt répéteront Ma grande voix qui dit : Les dieux s'en vont!

LE CHŒUR

Mais, dans ]a brise qui soupire, Un murmure divin a paru s'envoler.

Réponds, vieillard aveugle, est-ce un chaut de ta lyre? Non, c'est sa voix : silence! il va parler.

UOMËUE.

Qui donc m'a fait d'Hadès quitter les rives sombres, Où, depuis si longtemps, je reposais en paix, Où, parmi les héros du royaume des ombres, Comme autrefois, la lyre à la main, je chantais?

Pourquoi les immortels m'ont-ils donc fait renaître? Vais-je errer sur la terre et mendier encor?

Mais, pour payer mon i>ain, l'homme aujourd'hui, peut-être. Au lieu de. chants divins, demandera de lor.

Car tes joui*s soiîl Unis, Hellas aux plaines blondes, Où germaient autrefois des peuples de héros, Et tu ne mire^ plus, aux flots des mers profondes Tes temples, tes cités et tes mille vaisseaux.

Et toi seule, pourtant, toi seule, ô ma patrie!

Adoras Fart sacré, la sainte poésie,

Et la beauté divine, enfant des immortels.

Les dieux et les héros qui naissaient sous ma lyi'e,

Tu les chantas toi-même, et, dans un saint délire,

En les voyant si beaux, leur dressas des autels.

Zeus, [ils de Kronos, assembleur de nuages,

Dont le sourcil froncé faisait trembler les cieux !

Héré, déesse auguste aux bras blancs, aux grands yeux;

Athéné, Poséidon, destructeur des rivages,

Et toi, dieu protecteur de la sainte Ilion,

Dieu dont Tare est d argent, ô Sminthée-Apollon !

Ares au cas(£ue d or, Aphrodite la blonde,

Dont l'artiste pieux adore la beauté,

Quand un marbre divin, par le temps res|jecté,

Te montre, humide eucor des caresses de Fonde;

Thétis aux pieds d'argent, Artémis au caix{uois,

Grands dieux de mon Olympe, entendez-vous ma voix?

Ah ! peut-être aujourd'hui, dans le fond du Tartare, Près du Styx à Feau noire, avec les Titans morts, Vous subissez Farrêt de nouveaux dieux plus forts, El, sous les neuf replis du fleuve à Fonde avare. Vous qu'Hellas caressa de ses jaunes soleils, Pleurez vos autels d'or et vos marbres vermeils.

Pourtant qu'aviez-vous fait, mes dieux et mes déesses? Ce peuple d'hommes forts élevé par vos mains N'a-t-il pas bien rempli l'attente des destins? Comment aurait-il pu mentir à ses promesses?

Sous votre plus beau ciel vos soins Favaient placé. Et dans ses premiers jours mes chants l'avaient bercé.

mes Olympiens ! sur la rive inféconde Où tous les dieux vieillis dorment d'un lourd repos, En avez-vous trouvé de plus forts, de plus beaux ? La poésie est morte avec vous dans le monde; Ses temples sont muets, son culte est déserté ; L'homme a brisé la lyre et proscrit la beauté.

IIAKHONIA.

Non, kl beauté nVsl pas proscrite sur la terre, Aveugle demi-dieu, saint et sublime Homère !

Pour elle l'avenir a des temples encor .

Homère, sois son prêtre, et transmets d'âge en âge, A SCS adorateurs, Timmortel héritage Ou laurier toujours vert et de la lyre d'or.

LE GHŒUh.

Et loi, i[\iï donc es-tu, grande et sainte figure Qui marches le front triste et le regard baissé?

Quel est ton nom, image austère, la plus pure Des ombres que nous rend l'immuable passé?

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