‹ Poèmes mystiques et champêtresChapitre 21 sur 32 · MARQUISE DE FERRARI, DUCHESSE DE GALLIERA · texte numérisé non relu

MARQUISE DE FERRARI, DUCHESSE DE GALLIERA

Est-ce dans le décor d'une légende ancienne, Dans un pays de rêve aux chemins inconnus, Qu'orphelins et vieillards ensemble sont venus Se ranger sous la loi d'une Patricienne?

Loi d'amour, opposée aux rigueurs du destin; Tendres appels, qu'entend la vieillesse ravie; Lumière, atténuant ces ombres de la vie Où l'être sans appui va d'un pied incertain.

La douce charité vous a pris sous son aile. Vous tous que nous aimons, les jeunes et les vieux. Vous qui devez garder cette image en vos yeux D'une femme pieuse et noble et maternelle.

Duchesse italienne et reine de la mer, Sa couronne brillait des feux de son étoile. Un jour tout s'effaça. L'épouse prit un voile, Symbole du veuvage et de l'exil amer.

Des soirs vénitiens évoquant la magie, A travers le temps morne et son épais rideau, Revit-elle jamais Saint-Marc et le Lido, L'Adriatique au loin dans la brume rougie?

A Gênes, revit-elle, au golfe transparent, L'ombre de son palais?... Souffrit-elle d'un rêve A l'horizon perdu d'une lointaine grève? Nul ne l'a dit. Hélas! le mal était plus grand.

Mais lorsque la douleur élève nos pensées,

Tout le cœur se dilate aux maux dont nous souffrons,

La douceur et la paix auréolent nos fronts

Et le plus pur amour vient des âmes blessées.

C'est bien par la douleur unie à la bonté Qu'elle est venue un jour au-devant des épreuves, Du deuil des vieux époux et du chagrin des veuves, Mêlant plus d'infortune à plus de charité.

Mère au charme infini, belle entre les duchesses, Elle eut ses jours de joie et d'orgueil triomphant, Mais quand la mort passa, qui lui prit son enfant, Elle sentit déjà le néant des richesses.

Plus tard, en proie au mal qui devait l'emporter, Elle tourna ses yeux chargés d'inquiétude Vers Celui qui connut l'affreuse solitude. Alors notre Seigneur daigna la visiter.

Il lui dit : « Je connais ta détresse profonde. Ici-bas nul ne prie et ne pleure sans moi. Ma fille, songe à ceux qui souffrent comme toi, Fais par ta charité l'étonnement du monde.

Donne, dépouille-toi, l'amour est le seul bien. Ma tête s'est penchée et la terre était nue. Si tu veux pénétrer dans la terre inconnue, Songe aux déshérités, donne à ceux qui n'ont rien.

De tous mes préférés sois l'égale en largesse, Travaille pour le Ciel où tu dois t'élever. Enfin bâtis l'asile et qu'on voie arriver Grands seigneurs, aumôniers, filles de la Sagesse.

Récompense pour moi les pénibles travaux De ceux qui, dans l'école enseignant ma doctrine, Vont aux petits, avec ma croix sur la poitrine, Vieux semeurs attirés par les jeunes cerveaux.

Ils m'ont ouvert des cœurs et je leur dois des âmes. Qu'ils goûtent le repos jusqu'à ce dernier soir Où doucement près d'eux je désire m'asseoir, Car en leurs yeux éteints j'allumerai des flammes.

Ceux que j'ai rachetés partout je les défends.

Je suis doux pour la mort et tendre pour la vie.

Que l'œuvre de pitié d'une autre soit suivie :

Tu fus bonne aux vieillards, soit donc bonne aux enfants.

Devant mon Sacré-Cœur, dresse sur la colline Pour trois cents orphelins un palais enchanté. Qu'il fasse avec l'aurore une blanche clarté, Qu'il s'empourpre là-haut dans le jour qui décline.

Recueille là tous ceux qui semblaient condamnés, Que par toi chacun d'eux croie, aime, prie, espère. Qu'ils comptent sur l'amour infini de mon Père. Il n'est pas pour le ciel d'enfants abandonnés.

Fais sur un sol chrétien honneur à ma justice. Que l'immense avenir voie en toi, tour à tour, L'Ange de la pitié, la Sainte de l'amour. Et que ton nom partout à jamais retentisse !

Puis, quand viendra la fin de tes jours éplorés, Lorsqu'une main pieuse aura clos ta paupière, Femme, j'aurai déjà rouvert dans la Lumière, Sur ton jeune enfant mort tes yeux démesurés... »

O Prêtres, ce matin en célébrant la messe,

Vous avez murmuré sur le pain et le vin :

« Mon Dieu, vous ne parlez jamais, jamais en vain,

Et vous avez, Seigneur, tenu votre promesse.

Ils partagent là-haut votre félicité, Oui la mère et l'enfant sont en votre présence. Le fils porte à vos yeux la robe d'innocence, La mère a ton manteau royal, ô Charité. »

Seule, à travers l'ombre profonde, O Charité, tu viens sans bruit. Rayon divin que l'ancien monde N'a pas vu briller dans sa nuit.

De Jésus n'es-tu pas l'image, Puisque tu sortis de son cœur, Charité, dont le doux visage Reste penché sur la douleur?

Légère est ta main secourable.

Le respect demeure ta loi.

La dignité du misérable Est grande et sainte devant toi.

Aux maux du corps, à ceux de l'âme, Quand vont ta pensée et ton or, Charité pure, aux traits de femme, A toi le céleste trésor.

La Foi, tout comme l'Espérance, N'est qu'une vertu d'ici-bas.

Un jour finira la souffrance, Mais l'amour ne finira pas.

Source de l'extase suprême, Charité, cantique éternel, Tu chanteras devant Dieu même Et tu rempliras tout le Ciel !

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