‹ Poèmes mystiques et champêtresChapitre 23 sur 32 · L'ÉVÊCHÉ DÉSERT · texte numérisé non relu

L'ÉVÊCHÉ DÉSERT

L'EVECHE DESERT

On a fermé la grille et les portes anciennes Que d'Argentré, l'Evêque aux mains patriciennes, Premier maître et seigneur, vint bénir autrefois. Il consacra l'autel. Mais l'autel est sans voix. Nous n'avons plus, divins et baissant la paupière, Les anges d'or au bas de l'escalier de pierre. Les Pontifes nimbés, les prélats au grand col, Abandonnés là-haut, sont les témoins du vol. Ils peuvent s'étonner, eux qui lançaient des bulles, De ne plus rien entendre au fond des vestibules,

Le long des corridors, que la plainte du vent. Les yeux morts, qui restaient sur l'Évêque vivant, Sur la croix pectorale et l'anneau d'améthyste, Sont douloureusement ouverts dans l'ombre triste. Le silence, la nuit, le vide, l'abandon, Leur laissent-ils la grâce auguste du pardon ? Ou n'ont-ils pas, devant l'Église spoliée, Sur quelques mots amers la bouche repliée? En un cercle de gloire, au chef des bienheureux, Onze fois l'auréole ici répand ses feux, Et quatre-vingts pasteurs ont illustré le siège. Les apôtres lointains, à la barbe de neige, Les prélats élégants aux barbiches de cour, Ceux qui, portant l'épée avec le manteau court, Droits, maigres et hautains, troublent de leurs visées Les évêques joufflus aux figures rasées, Qu'ils se nomment Latuin, Serlon ou Médavy, Ont tous aimé le Christ et l'ont tous bien servi. Le confesseur du Roi, l'aumônier de la Reine, Du Moulinet, qui touche à Claude de Morenne, Bertaut, roi de la stance et du vers langoureux, Se réveillent soudain et s'étonnent entre eux Qu'on ait pu prendre, avec autant d'immodestie, Une illustre maison que l'on n'a point bâtie. Frédéric Rousselet, dont l'œil porte un éclair, Se lève, tel un prince, et Turgot de Saint-Clair

Page 1