LE CHARRETIER
J'ai rencontré votre fils André qui conduisait, avec ses tiois juments, une haute voiture de foin. Le jeune homme chantait à gorge déployée...
Pendant que la forte attelée
Tirait sur les limons puissants,
Mon fils, à travers la vallée,
Tu jetais de mâles accents.
Tout entier, dans ces jours prospères,
A la gaieté de tes aïeux,
Tu te grisais comme tes pères
De chants sonores et joyeux.
ii2 POÈMES MYSTIQUES ET CHAMPÊTRES
Tombaient sur ta poitrine libre Les sueurs de tes cheveux blonds.
On entendait dans l'air qui vibre Hennir au loin les étalons.
Hostile, en un chemin peu large, La haie égratignait ton foin.
Des cahots balançaient la charge.
On la voyait venir de loin.
La charrette dans la campagne Maintenant fait gronder ses freins, Le coup de fouet qui l'accompagne, André, se mêle à tes refrains.
Et puis, vous montez d'un pas ferme, Homme et juments, sur le coteau.
Chante, mon fils, voici la ferme, L'ancien village et le château.
Serviteur, aux greniers du maître, Porte le foin, porte le blé, Afin qu'en te voyant paraître Son cœur soit doucement troublé; " Afin que le soir en famille Il se dise, après ta chanson :
« Je voudrais avoir une fille Pour la donner à ce garçon ! »