‹ Poëmes, odes, épîtres et poésies diversesChapitre 16 sur 20 · DE L'ÉPITRE AUX GRECS · texte numérisé non relu

DE L'ÉPITRE AUX GRECS

Enteudez-vous les cris de Rhodes expirante ? Voyez-vous s'élever la flamme dévorante ?

Cité d'Homère î ô Smyrue, ô belle Livadie ! (Pag. i78, v.7.)

Toutes nos feuilles publiques ont retenti , dans le temps , des horribles excès commis par les Turcs à Rhodes , à Smyrne , et dans la Livadie ; il n'est nullement besoin d'entrer ici dans de nouveaux détails sur ces épouvantables exploits. Je dois seulement avertir le lecteur que je ne décore la Smyrne moderne du titre de Cité d'Homère , que parce qu'elle doit sa naissance à l'antique Smyrne , située dans llonie, détruite par les Lydiens , et qui fut transporte dans sa position actuelle , 33o ans ayant J.-C.

i«>S NOTES.

Que le Mainotte fier, de Sparte l'héritier, L'Amante au mauteau blanc, le Suliote allier ,

Aux fils de la Morée unisseut leur héros, etc.

(Pag. i83,v. 10. )

Quoi qu'en aient rapporté plusieurs de nos voyageurs , il ne reste de la célèbre Sparte que quelques ruines près de Misitra. La Laconie est habitée par les Mainottes , peuple grossier, mais susceptible encore des actions les plus généreuses.

Les Arnautes , ou Albanais , qui habitent une partie de l'Épire , de lTUyrie , de la Macédoine , toujours armés , toujours en guerre , semblaient n'attendre qu'une occasion favorable pour renflre utile à la cause de la patrie ce grand courage qui les distingua qui ne trouva d'obstacles que dans la généreuse défense des habitants de Suli, qui , renfermés dans letu rochers , au nombre de cinq mille , résistèrent hui* nticrs à trente mille Arnautes.

La Morée est 1 ancien Pclopoiu m

NOTES. 199

En général , tous les Grecs , qui , ou ne peut le nier, ont tant dégénéré de leurs ancêtres , conservent encore dans leurs caractères , quelque différents et variés qu'ils soient , les puissances morales qui font les grands peuples. Ils ont les vices de la barbarie, bien plus facile* à détruire , aux yeux du législateur , que ceux de la civilisation. Ces vices , que nos froids politiques leur reprochent avec tant d'injustice et d'amertume , n'étant que le fruit inévitable de leur état présent d'abaissement et de servitude , doivent faire sentir bien plus vivement le besoin de détruire la cause pour détruire l'effet.

Ici du roi persau la flotte submergée Couvrit de ses débris les rives de l'Egée. (Pag. 184, v. 5.)

Désastre de la flotte de Mardonius contre les 10chers de l'Athos.

> NOTES

Plus loiu est Marathon. Dans ce champ glorieux Un tyran expira vainc a par vos aïeux.

(Pag. 184, v. 7.) Mort d'Hippias.

"Voyez ce défilé , fameux dans l'Univers. Encor resplendissant d'un sublime revers ; C'est aupied de ces monts qu'une immortelle gloire. Couronna le Malheur et non pas la Victoire. (Pag. 184, v. 11.)

L'histoire de tous les peuples nous rapporte des exemples de dévouement aussi grands , aussi héroïques que celui des trois cents Spartiates ; mais nul ne se présente à l'imagination avec des circonstances aussi imposantes , avec des prestiges de gloire aussi éblouissants. L'élite de la jeunesse de Sparte s'offre en hécatombe pour le salut de la patrie ; leur roi les commande ; comme eux , ambitieux seulement de mourir et non de vaincre. Vivants , ils assistent a leurs jeux funèbres : les poste* de mort leur sont a--

NOTES. ?.oi

signes ; et c'est en souriant , et le front couronné de roses , qu'ils entendent les vallées de la Thessalie gémir sous les pas pesants , nombreux , rapprochés , de plusieurs millions d'esclaves. En se préparant à combattre, ils achèvent paisiblement leur sacrifice aux Muses. Enfin, trahis, surpris, mais non épouvantés , ils jettent encore le désordre au sein de leurs innombrables ennemis , et leur mort , en enflammant la Grèce d'un patriotisme universel , devient la source de sa gloire immense , et de ses hautes prospérités. C'est ainsi que les plus belles actions d'éclat ne se suffisent pas toujours à elles-mêmes, et ont besoin, pour rester dans la mémoire des hommes , d'appartenir, soit à un grand peuple, soit à une grande époque , ou d'entraîner à leur suite des conséquences décisives.

Et la Grèce , naguère impulsante , opprimée , Sera pour uotre Europe uue frontière armée. (Pag. 188, v. 4.)

Du côté de l'Asie , l'Europe n'est nullement défèn-

m)2 NOTES.

due contre les invasions des Turcs, depuis l'extinction des chevaliers de Malte et l'affaiblissement des ro\ anines de Naples et de Sicile ; la Méditerranée , ouverte à la première flotte ennemie qui partira des Dardanelles , ne présente aucun point de résistance ; et , en supposant que , dans l'état d'inertie où se trouve le gouvernement ottoman, il n'y ait rien à craindre de lui , ne peut-on prévoir et prévenir le temps où la Russie , déjà si formidable , des rivages d'Astracan et des sommets du Caucase , s'étendra sur les frontières extérieures de l'Europe , pour pénétrer dans son sein ? Qu'opposer alors à ces hordes septentrionales , impatientes de conquérir une plus douce patrie ? Sans la dernière révolution d'Espagne , le midi de l'Europe, a la merci du nord , ne nous offrait que des nations politiquement paralysées et incapables d'arrêter un instant les invasions étrangères. L'Angleterre, sentinelle vigilante, a tremblé , jusque sur ses flottes , en voyant le cabinet de Saint-Pétersbourg, au milieu des protestations de paix et d'union , armer un million de

NOTES. M>3

soldats. Déjà ses jannissaires diplomatiques, violant la neutralité jurée , ont tenté d'étouffer , à sa naissance , le mouvement généreux qui portait les Hellènes à secouer un joug honteux , injuste , insupportable , pour ôter à une puissance qu'elle redoute , avec raison , le prétexte et les mo\ens d'une guerre , dont les suites alarment son commerce. Mais les rois de l'Europe , unis entre eux par un pacte sacré , ne peuvent-ils , usant d'une politique plus noble , plus généreuse , et plus conforme à leurs intérêts communs, fournir chacun leur contingent de soldats dans une guerre qui les intéresse tous. Le sultan ne fait point partie de la Sainte-Alliance; les Grecs sont au nombre des peuples européens et chrétiens, et sous ce double titre , places sous la sauve-garde des chefs de la civilisation.

Par ce moyen , ôtant à la Russie ses prétextes d'agrandissement , tous de concert , ils peuvent , replaçant sur des bases solides , inébranlables , légitimes , l'antique empire des Comnènes, tirer un peuple mal-

ja)\ \OTF.S.

1k -ureux de l'anéantissement, augmenter par sa renaissance les forces défensives de l'Europe , rétablir son équilibre , opposer à la Turquie, et même à sa rivale, une frontière redoutable et nécessaire , et faire triompher enfin , par cette grande et sainte entreprise , la cause de l'humanité , de la religion et de la politique.

Pour soutenir vos droits , toujours libres et pi ands , Pour être eneor des Grecs, pour chasser vos tyrans, Ce n'est pas tout de vaincre ! il vous faut voir l'abîme : Il faut savoir borner votre essor magnanime : La Modération est force.

Ce dernier vc: s , saas doute, est défet tuenx , d'après les règles de la césure et même de rharmoni. . ■«il il exprime une si grande vérité , une vérité dont je sens tellement toute l'importance 1 1 toute 1 étendue, que j'ai préféré le laisser dani son état d'inij m l i i tion , plutôt (jtic d'en affaiblir le sens poj l« hu tut.

.NOUS. ac£

plus poétique. Oui , la modération est force ! L'excès n'accuse que la faiblesse ; tout état violent n'est qu'un état d'irritation et de peu de durée : et ne faut-il pas se vaincre soi-même , triompher d'abord de cet élan irréfléchi, de cette fougue d'imagination qui nous emporte vers les extrêmes t pour pouvoir, au milieu du choc des partis et des opinions , entendre encore une voix qui s'élève moins haut que les autres, et ne s'adresse qu'à la raison? L'homme de parti, au contraire, a son chemin tout tracé , et n'a qu'à se laisser guider par ses affections ou par ses haines. Chacun a commenté à loisir ce mot de Solon , que dans les crises politiques , tout homme de bien devait faire un choix entre l'un ou l'autre camp. Oui , sans doute ; Caton se rangea du côté de Pompée, sur lequel il comptait peu pour le maintien de la liberté, et combattit contre César, qu'il savait à coup sûr être l'ennemi de la république ; mais est-il nécessaire de prendre les armes avant l'heure du combat? Ceux qui crient le plus fort au feu, ne sont pas toujours ceux qui éteignent l'incendie.

\OTKS.

Felfi ees (ils de l'indus , dans une sainte extase, Encensent à genoux le Dieu qui les écrase.

(Pag. r93, v. :. )

À une certaine époque fie l'année, dans l'Inde, l'idole de Jagrenaut est pompeusement promenée sur un char pesant. De fidèles croyants accourent de toutes les parties de ce vaste empire pour se précipiter sous les roues meurtrières de ce char, et obtiennent, pour cette marque de dévotion , l'insigne faveur de se réunir aussitôt à Brama.

Aux champs de la B< Igiene, imite/ nos Praoj La gloire est dans la «anse et non dans le sua i

( Pag. rp'( , r. i. )

Il n'est pas donné sans doute à (ont le monde de comprendre la gloire des conquérants; quant à moi, un paysan qui, la herse a la main, défend son champ contre des bétes féroces , me semble plus digne de louangi i que tous les héros agresseurs de 1 antiquité et des temps modernes. Défêndn ou attaqui i . voilà a (jni -.

^OTES. 207

le grand homme de guerre du spoliateur. Je ne parle ici que des guerriers agissant de leur plein gre et sou^ leur propre inspiration; pour les autres , l'obéissance sait les absoudre de tout.

Sous ce rapport , la bataille du Mont-Saint-Jean me semble plus honorable , plus glorieuse, malgré le revers épouvantable qui la signala , que ces victoires éclatantes, qui attirèrent tant de haines et de malédictions sur la France.

Nous dirons noblement la lésion sacrée Avec gloire, au combat, tout entière expirée.

(Pag. 194. v. 10.)

De jeunes Grecs, pleins d'enthousiasme et de cet amour de la patrie qui a tant de pouvoir sur les cœurs généreux, la plupart élevés daus les universités de France et d'Allemagne , au premier bruit de l'insurrection, abandonnèrent leurs études, et coururent se ranger sous les drapeaux des Hellènes : on en forma une légion , dite Sacrée , à l'instar de celle de Pélo-

ao8 NOTES.

pidas. Encore sans expérience de la guerre , ils attaquèrent fièrement un corps de Turcs dix l'ois plus fort en nombre qu'eux. Pas un seul ne chercha à racheter sa vie par une fuite honteuse: ils furent vaincus , et tous ils moururent.

Une femme, un héros, par sa valeur; ses charmes. L'ornement de son sexe , et l'honneur de vos armes . (Pag. 195, v. 1.)

Quelques journaux , écrits sous l'influence musulmane , ont cherché à nier le dévouement de la célèbre Robélina ; et cependant que présente ce fait de plus étonnant que les exploits des Artemire (de la guerre Médique) , des Télésilla , des Vlasta , des Jeanne Hachette, des Jeanne d'Aïc , des Julienne Duguesclin, et de tant d'autres? Malgré la rare apparition des femmes guerrières, les circonstances actuelles, en Grèce , ne sont-elles pas capables de faire naître dans l'aine de quelques femmes fortes , le désir de concourir au salut de la patrie?

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