LA VOULZIE
S'il est un nom bien doux fait pour la poésie, Oh! dites, n'est-ce pas le nom de la Voulzie? La Voulzie, est-ce un fleuve aux grandes îles? non ; Mais, avec un murmure aussi doux que son nom, Un tout petit ruisseau coulant visible à peine; Un géant altéré le boirait d'une haleine; Le nain vert Obéron^, jouant au bord des flots. Sauterait par-dessus sans mouiller ses g^relots. Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres, Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures. Enfant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons. Dans le langage humain traduit ses vagues sons ; Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage, Quand j'émieltais mon pain à l'oiseau du rivage, L'onde semblait me dire : « Espère, aux mauvais jours Dieu te rendra ton pain. » — Dieu me le doit toujours !
1. La Voulzie : petite rivière qui coule près de Provins et qui se jette daus la Seine.
2. Obéron : roi des génies aériens dans la mytholog-ie Scandinave.
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C'était mon E^^érie', et rorarlo prospère
A toutes mes douleurs jetait ce mot : « Espère!
Espère et cliante! eiifanl, dont le hereeau lr«'inl)la".
Plus de frayeur : Camille-^ e( la mère soîiI là!
Moi, j'aurai poui* tes chants de lou^s échos... » Clliimère!
Le fossoyeur m'a pris et Camille et ma mère.
J'avais bien des amis ici-bas quand j'y vins,
Bluet éclos parmi les roses de Provins;
Du sommeil de la mort, du sommeil tpie j'envie,
Presque tous mainlenant dorment; et, dans la vie,
Le chemin, dont l'épine insulte à mes lambeaux,
Comme une voie antique'^ est bordée de tond)eaux...
Pourtant, je te pardonne, ô nîa Voulzie ! et même,
Triste, j'ai tant besoin d'un confident qui m'aime,
Me parle avec douceur et me trompe, qu'avant
De clore au jour nies yeux battus d'un si long vent,
Je veux faire à tes bords un saint pèlerinage,
Revoir tous les buissons si chers à mon jeune âge,
Dormir encor au bruit de tes roseaux chanteurs.
Et causer d'avenir avec tes flots menteurs.
(Hé^ésippe Moreau, Le Mr/osotis.)
1. Égérie : comme le boa roi de Rome Numa était, dit-on, inspiré par la nymphe Eg-érie, ce nom a fini par signifier toute inspiratrice.
2. Dont le berceau trembla : dont l'enfance fut craintive et •menacée .