‹ Poèmes pour l'enfanceChapitre 276 sur 312 · LA VOULZIE · texte numérisé non relu

LA VOULZIE

S'il est un nom bien doux fait pour la poésie, Oh! dites, n'est-ce pas le nom de la Voulzie? La Voulzie, est-ce un fleuve aux grandes îles? non ; Mais, avec un murmure aussi doux que son nom, Un tout petit ruisseau coulant visible à peine; Un géant altéré le boirait d'une haleine; Le nain vert Obéron^, jouant au bord des flots. Sauterait par-dessus sans mouiller ses g^relots. Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres, Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures. Enfant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons. Dans le langage humain traduit ses vagues sons ; Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage, Quand j'émieltais mon pain à l'oiseau du rivage, L'onde semblait me dire : « Espère, aux mauvais jours Dieu te rendra ton pain. » — Dieu me le doit toujours !

1. La Voulzie : petite rivière qui coule près de Provins et qui se jette daus la Seine.

2. Obéron : roi des génies aériens dans la mytholog-ie Scandinave.

LA TKIIIU: NAIAU;. Al'/)

C'était mon E^^érie', et rorarlo prospère

A toutes mes douleurs jetait ce mot : « Espère!

Espère et cliante! eiifanl, dont le hereeau lr«'inl)la".

Plus de frayeur : Camille-^ e( la mère soîiI là!

Moi, j'aurai poui* tes chants de lou^s échos... » Clliimère!

Le fossoyeur m'a pris et Camille et ma mère.

J'avais bien des amis ici-bas quand j'y vins,

Bluet éclos parmi les roses de Provins;

Du sommeil de la mort, du sommeil tpie j'envie,

Presque tous mainlenant dorment; et, dans la vie,

Le chemin, dont l'épine insulte à mes lambeaux,

Comme une voie antique'^ est bordée de tond)eaux...

Pourtant, je te pardonne, ô nîa Voulzie ! et même,

Triste, j'ai tant besoin d'un confident qui m'aime,

Me parle avec douceur et me trompe, qu'avant

De clore au jour nies yeux battus d'un si long vent,

Je veux faire à tes bords un saint pèlerinage,

Revoir tous les buissons si chers à mon jeune âge,

Dormir encor au bruit de tes roseaux chanteurs.

Et causer d'avenir avec tes flots menteurs.

(Hé^ésippe Moreau, Le Mr/osotis.)

1. Égérie : comme le boa roi de Rome Numa était, dit-on, inspiré par la nymphe Eg-érie, ce nom a fini par signifier toute inspiratrice.

2. Dont le berceau trembla : dont l'enfance fut craintive et •menacée .

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