PREFACE. XV
lous les poètes lUodcrnCvS, qui aiiraiciil mérilé dy prendre place, ne fi^-iirenl pas dans noire anllio- I6g"ie! Qu'on ne s'élonne [)as non [)lus si chaque poète ne s'y trouve [)as iiécessaireinenL représenté en proportion de sa renommée littéraire! Nous avons eu beaucoup moins en vue la variété des auteurs que la variété des matières. Mais, comme nous nous sommes efYorcés d'élargir le plus possible le champ où devait s'exercer notre choix, il se trouve finalement que nous avons puisé dans soixante-quatre poètes pour conq:>oser ce recueil, que nous offrons aux enfants des écoles comme à ceux des lycées, aux petits garçons comme aux petites filles.
Si la préoccupation esthétique est celle qui nous a conslanmient guidés dans le choix des morceaux, ce qui a présidé à leur classement , c'est le désir de suivre dans la mesure du possible l'évolution même de rame enfantine. Tant que l'enfant est tout petit, il ne peut g-uère s'intéresser qu'à luimême, aux diverses occupations de ses journées, oisives en apparence, mais au fond si bien remplies. Commence-t-il à savoir sortir de lui? 11 étend alors sa sympathie aux êtres qui vivent dans son entourag-e, membres de sa famille ou
XVI PIIIÎFACE.
betcs (1(^ la maison. (Vcst Tépoquo — si fiii*ilivp — où sa naïveté charmante se traduit en d'ex(juises réflexions im[)révues, fruits de son expérience encore bien incomplète et de sa loi>'i(pie déjà Irop inflexible. Mais voici le cercle de son existence qui s'élargit : du milieu familial, il passe dans le milieu scolaire. Dès ce moment, son activité se précise : juscju'ici, sa seule besog-ne était le jeu; maintenant, il va disting"uer entre la besogne ennuyeuse qu'est à ses yeux le « travail » et le travail agréable qui est pour lui le a jeu » ; et ces deux modes de son activité se partag-eront désormais son temps. Dans la fréquentation de ses pareils^ les autres enfants, il commencera à faire l'apprentissage de la vie; et comme s'initier à la vie^ c'est, hélas ! s'initier à la souffrance, il ne lardera pas à éprouver ses premières tristesses.
Cependant, l'enfant grandit. Il va promener sur le monde a son regard étonné et ravi » et marcher chaque jour de découverte en découverte. Il découvrira le monde bariolé des plantes, si mystérieux en sa muette immobilité, et celui des animaux, aux volontés obscures, aux pensées enveloppées. Il contemplera la nature et ses aspects changeants selon les heures des jours et les sai-
PRKFACE. XVir
s(ins (le ramiéc. Se i-a[)[)roeliant de plus en pins des réalih's de la vie liiiinaiiie, il entreverra (l(^jà comme par nne éclia[)pée i-apide les donlenrs de Texislence, cjne la pitié senle console, et en même temps comprendra, [)ar le spectacle de la société, rnche active et bonrdonnanle, la sainte loi dn travail qui s'impose à tous. Bientôt, enfin, il prendra conscience qu'il n'est pas seulement uni aux autres hommes par les liens de la commune souffrance et d'une solidarité laborieuse, mais encore que des attaches plus subtiles le relient aux choses inanimées qui Tenvironnent, aux objets que leur charme ou leur utilité lui rend familiers, au coin de terre où il est né et où restent fixés ses plus chers souvenirs, à sa patrie dont le long- passé se déploie devant son imagination enchantée en scènes g-lorieuses ou tragiques...
C'est justement parce qu'il s'efforce de suivre ainsi pas à pas le déroulement de la vie enfantine, que notre recueil de poésies, nous semble-t-il, peut suffire pour la durée entière des études de l'enfant, depuis l'âg-e de cinq à six ans jusqu'à i'âg-e de douze ou treize ans. A moins que l'on ne trouve que i6o pièces de vers, dont quelques-unes pourtant assez longues, soient un bagag-e insuffi-