‹ Poèmes provinciauxChapitre 10 sur 38 · PLASSAC · texte numérisé non relu

PLASSAC

Pour Marcel Gillard.

Au soleil de midi toutes les maisons blanches

Dorment stores baissés sur l'ardeur du chemin

Et chaque jour ici ressemble aux longs Dimanches.

Seul éveillé, dans la torpeur le clocher geint

Son appel à prier d'une voix alarmée

Qui trouble les jardins où stagnent les parfums

D'héliotropes bleus et de roses pâmées

S ouvrant comme des fruits en leur feuillage brun.

l^e fleuve ipimense et gras, aux moires jaunes, traîne,

Crevé d'épais remous, la lourdeur de ses eaux. Dans le chenal herbeux où s'envase leur chaîne, Rêvant sur les lointains, somnolent des bachots.

Ces anciennes maisons aux faces endormies, Dans leurs salons fermés dont les tapisseries Effacent lentement leurs ramages falots, Gardent tout un trésor rapporté des ilôts D'Océanie et des terres chaudes lointaines Où sont allés, en d'autres temps, les Capitaines Au Long Cours, sur des voiliers à grande lenteur. Dans l'ombre intime et les végétales senteurs Du jardin tremblant aux stores comme un mirage. Parlant d'autres climats, les glissants coquillages. Les poissons secs vernis, les laques, les écrans, Les œufs d'autruche creux dans les filets à glands. Evoquent, sous le ciel brûlant des Colonies, Des sables excessifs, des forêts assoupies Où la liane pend aux branches infléchies.

Le hamac parfumé de ses bras nonchalants.

Je suis Tancien logis d*où Ton voit la rivière Couler en brasillant dans la clarté des jours, Mais au dehors ardent abaissant les paupières Je dorlotte mon rôve au bruit du courant sourd. Je suis l'ancien logis aux pièces d*ombre douce Qu*ont peuplé, je ne sais quels retours, de coraux, D'étoiles de la mer, d*algues vertes et rousses, De grands satins chinois tout constellés d'oiseaux } L'ancien logis hanté d'une âme nostalgique Eprise des ailleurs où va le fleuve lourd ; D'une âme qui voudrait vers l'horizon magique Se laisser emporter au bruit de Teau qui sourd Et qui passe à plein bords et, toujours, inlassée. Redit sa chanson molle aux rives rebroussées Dont toute herbe palpite et s'enfuit à son tour. . .

Saveur d'appareiller par les nuits de velours, Vers des mers scintillant d'étoiles exotiques I . . , Je suis l'ancien logis au bord du fleuve lourd Où regrette et sourit une âme léthargique.

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