DIMANCHE
Un peu plus de tristesse à la rue et aux champs ; Un peu plus de mélancolie au cœur cherchant Pourquoi ce jour lui pèse et pourquoi le Dimanche, Avec ses airs d^ cloches et ses robes blanches, Passe morose et lent comme une femme en deuil.
Je suis allé m'asseoir à la pierre du seuil ; Des vieilles se rendaient à TEglise, leurs filles
Avaient mis le chapeau le plus frais ; les familles
Etaient heureuses et, dans l'air bleu, lourd d'orgueil,
S'exaltait le chant clair du bronze catholique.
J'ai cueilli au jardin la mauve véronique
Et revenant à ma chambre j'ai mis dans l'eau
La, fleur ; puis j'ai repris mon livre, mais l'unique,
Mais l'invincible ennui des jours dominicaux
Enveloppe mon front d'une vague détresse.
Les champs sont recueillis, par la fenêtre il vient
Tout un parfum traînant de Vêpres, de Grand'Messe
Avec des chants obscurs d'orgue. . . Je me souviens !
Fêtes carillonnées, voiles blancs, vierges mmces.
En procession lente au fond du passé gris,
Fleurs mourant au pavé. Rameaux et pain bénit,
Fêtes du Saint-Ennui, Dimanches de Province I
Calme de la maison pieuse où nulle main
Ne coud ; où la grand'mère lit, au paroissien,
L'Evangile du jour lorsque l'office sonne ;
Sermon à Vêpres et les Psaumes pénitents ;
Le sou qu'à la sortie avec pitié Ton donne.
Visite à la sœur pâle au parloir du Couvent,
Promenade poussée à Tétroit cimetière ; Retours las et songeurs dans le jour finissant, Soupers silencieux à la clarté dernière. . .
Dimanches qui pleurez sur nos rires naissants,
Dimanches qui trompez le désir de l'enfant
Et, désœuvrant ses doigts, attristez sa pensée
Des offices chrétiens aux nostalgiques chants
Et de l'obsession des cloches balancées,
Ah ! comme vous marquez la jeunesse et le cœur
Pour qu'après tant de jours et la foi disparue
Nous sentions à vous voir un sourd besoin de pleurs
Et que par vous vêtus les aîtres et les fleurs
Semblent rêver sur des tristesses inconnues.