‹ Poèmes provinciauxChapitre 13 sur 38 · VOICI LA CHAMBRE CLAIRE · texte numérisé non relu

VOICI LA CHAMBRE CLAIRE

Voici la chambre claire ouvrant sur le jardin ; Les grands rideaux unis tombent comme des ailes ; Le jour se tamisant aux douceurs de leur lin Vêt les tableaux najifs d'une candeur nouvelle. On pourrait cueillir la feuille vive bougeant Aux branches du marronnier que la vitre mire. Il vient de longs parfums végétaux par instant, Du verger frais où des pommes ont l'air en cire. Un portrait, près du lit, s'efface, vieillissant,

Piqué de jaune sous son verre plus opaque

Et les bras torturés du Christ en bois verni

Tiennent le brin de laurier sec bénit pour Pâques.

La cheminée a des vases dorés que ni

Le temps ni la poussière n*ont jamais ternis.

Sur la pendule vont Mentor et Télémaque.

Je ne sais pas pourquoi quand je rentre, le soir, Dans cette chambre où s'éteignit une âme chère, Il passe un frisson dans Teau grise du miroir. Pourquoi tout un émoi vient du lit solitaire Où tant de songes ont bercé le tiède espoir.

Peut-être quand le crépuscule a mis ses fleurs Mauves sur les rideaux et que l'ombre s'amasse, Sa jeunesse s'en vient en robe de couleur Défaire ses longs cheveux bruns devant la glace. Oh I ne reste-t-il pas quelque Chose de nous Aux choses qui longtemps ont vécu notre vie ?.. . Les meubles de la chambre à coucher savent tout De nos chagrins très lourds et de nos insomnies ;

Seuls ils ont vu les vrais visages et les voix

Et ces pleurs que Ton cache aux yeux des autres pièces.

Et c'est pourquoi la chambre ancienne a quelquefois

Cet accueil bienveillant nuancé de tristesse :

Ses souvenirs refont les jours morts, elle vit

Du passé se grisant de sa grise caresse

Et c'est son rêve lent que pour nous elle laisse

Quand la porte plaintive en s'ouvrant Tavertit.

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