‹ Poèmes provinciauxChapitre 14 sur 38 · VIEILLE · texte numérisé non relu

VIEILLE

Comme l'instant est calme et chaud et qu'elle est lasse,

Elle a traîné sa chaise au seuil usé de pas

Et, posant dans ses mains sa triste vieille face,

Elle regarde sa poule gratter le tas

De fumier noir chargé de citrouilles pesantes

Cuisant béatement sous leurs parasols verts

Dans l'essaim poudroyant des mouches ronronnantes.

Un chant passe soudain dans la torpeur de Tair :

Pour les Vêpres jetant les trois notes dernières,

La cloche fait hâter les dévotes vers Dieu

Et, de les voir passer, simplement moutonnières.

Elle, qui ne peut plus se rendre à la prière.

Sent un regret mouiller les rides de ses yeux.

Mais quoi ! les deux genoux sont pris, le buste penche,

Elle est seule, ne va qu'en se tenant au mur,

Alors se résignant en la paix du Dimanche,

Elle s'efforce à dire un long chapelet sur

Ses doigts où les douleurs ont fait comme des hanches.

Elle a perdu ses fils, son homme et puis du bien. Et tout cela se fond en sa branlante tète En un seul chagrin lourd ; elle ne voit pas bien Pourquoi elle a vécu, mais si sa tâche est faite. Et puisque le Seigneur n*a pas gardé les siens, Elle ne le supplie en son humble requête.

Que de rendre éternel le sommeil qui lui vient.

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