‹ Poèmes provinciauxChapitre 15 sur 38 · UN SOIR · texte numérisé non relu

UN SOIR

Des solives couleur de cuir descend la lampe Dont la rose clarté baigne la nappe et luit Aux assiettes à fleurs, touche le broc, les fruits, Les faces en gaîté, les mains vives, s'enfuit Sous les meubles, laissant dans l'ombre les estampes. Le souper se prolonge, ce soir, le vent frais Entre par la fenêtre avec des bruits de branches ; La lueur de la salle au dehors gris s'épanche.

Je regarde un petit papillon s effarer

Sous l*abat-jour Mon cœur dans Theure intime penche.

Et voici que la peur des autres soirs me point : Des soirs fatals où Tombre, à présent refoulée, Aura vaincu la lampe et s'épandant des coins Régnera par la pièce ; où les voix bien aimées Ne vivront plus ailleurs qu en de vieilles mémoires ! Où toute la maison sera muette et noire, Pleine du seul parfum ténu des souvenirs. . . J'ai la peur de ces soirs secrets qui vont venir I Et le présent riant et clair tant que s'allonge Ma pensée aux lointains qui le verront finir, Semble déjà bruire et trembler en un songe.

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