SUR LA RIVE
Dans le chenal herbeux, les dormantes gabarres Ont laissé choir la voile et loin des quais, des ponts^ Des bruits, des sifflements, des tramways et des gares De la ville en rumeur derrière l'horizon, Elles bercent au flot qui baise leurs amarres Leurs ventres en repos des lourdes cargaisons. LfC fleuve épais et lourd coule et roule ses vases
Et ses reflets mouvants de la mer vers le port Dont Tardente lueur, lointaincment, l'embrase, Le soir. Sachant le heurt des vagues et Tefifort Du mât craquant au poids du vent et de la toile Et sachant qu il faudra reprendre les transports. Elles rêvent dans l'ombre et Todeur de leur cale, D'un chemin sage et d'être une maison au bord.
Mais au courant de l'eau laissant fluer, stériles, Mes désirs quand le flot redescend à la mer, Moi je rêve au départ enivrant à travers Des blancheurs de goélands, les phares et les îles.
A VÉGLISE
Dans la demi-lueur pleuvant des vitraux peints
Les profils résignés sur le missel se penchent ;
Bonnets blancs empesés, chapeaux claii s du Dimanche,
Châles bruns, caracot de servante qui vient
En hâte avant que son service recommence.
La ménagère dit son chapelet ; et pense
Ace qu*elle devra préparer aujourd'hui.
La jeune femmç en deuil sous le souvenir plie ;
Les dévotes ont des extases et, parmi, Une fille aux yeux bleus à la joue ronde, prie Un peu rêveuse écoutant l'orgue qui frémit Pour soutenir le chœur des enfants de Marie.
Le cantique s'éteint prolongé par Técho ;
On entend à l'autel le murmure du prêtre.
Le doux susurrement des lèvres au Credo,
Une toux qui revient, puis la clochette grêle
Et tous les fronts pieux que le signal appelle
S'inclinent lentement faisant bomber le dos. . .
Mon Dieu qui les voyez adorer votre image
Dans le vitrail du fond où vous êtes si beau ;
Vous vers qui vont leurs vœux en long pèlerinage
Et leur espoir touchant au delà le tombeau ;
Vous qu'ils veulent un grand-père, parfois terrible.
Battant son enfant cher d'être comme il le fit ;
Mon Dieu penchez sur eux votre face invisible,
Sur ces âmes où tant de confiance vit
Pour vous. Voyez leurs yeux priants, leurs mains nouées ;
Tout leur corps posterné par le renoncement,
Leur ovbli pour vous seul du travail, de la plaie Au cœur, de ces plaisirs de la chair qui, souvent, Leur ferait du bonheur ; voyez-les s*inquiétant Des lendemains, brebis que la forêt appeure. . . Et, qui vous soyez, quelle soit votre demeure. L'étoile ou Tarbre vert ou l'air pâle ou le tout, Que votre pitié s'en vienne vers eux, ô Vous Par qui est leur douleur et, quand ce sera l'heure. Qu'ils n'aient pas vainement courbé leursdeux gepoux.