‹ Poèmes provinciauxChapitre 18 sur 38 · BOURGEOISE · texte numérisé non relu

BOURGEOISE

A Fortunat Strowskt.

Elle est d un air pensif et de mise économe, Un peu usée, avec du gris dans les cheveux, Se hâtant, le matin, pour faire ce que veut Le ménage exigeant et jamais clos en somme.

Aussi, sachant le prix du temps prompt à nous fuir. Elle a le grand respect de toutes les minutes ; Sans se lasser de la journalière lutte.

Elle relave encor ce que l'on va salir,

Ame où se sont fanés des rêves poétiques

De jeune fille aux soirs attendris d'autrefois

Et qui, n'ayant pas eu ce qu'attendait sa foi

En la vie, accepta les besognes pratiques

Dont le souvenir reste au bout de tous ses doigts.

Oh ! sans aucun dédain, sagement résignée

A faire ce qu'il faut, à regarder les jours

Se suivre ainsi que des brebis lentes, toujours

Pareilles et du même bruit accompagnées^ :

Puérils ennuis, futile émoi, demi-sourire ;

Le temps pluvieux qu'on craint pour le linge à sécher ;

L'enfant qui tousse au lit, la Messe, le marché,

Tous les petits secrets d'c la ville à se dire ;

Une ride de plus pour laquelle on soupire ;

Et la vie ainsi fade et grise qui s'étire. . .

Pourtant un peu de rêve au soir fleurit encor Quand l'aile du sommeil sur le toit s'est posée. Que la pendule va, d'un patient effort.

Comme le cœur discret de la maison qui dort.

Et qu'elle est là, veillant, sous la lampe, apaisée.

La poudre des chemins vaut nos pauvres espoirs Mais vers son avenir l'âme toujours s*éploie ! . . . Oubliant les soucis et Touvrage au fil noir, Elle brode à longs points des lendemains de soie : Son fils grandi, bien fort, peut-ôtre très instruit, Suivant son bon conseil et devenu « Notaire », Tandis que, déjà vieille, et modeste avec lui ; La mère, qui saurait seule ce qu'il faut taire De sacrifice obscur, d'usure volontaire.

Les yeux las et touchés de la prochaine nuit, S'en irait doucement n'ayant plus rien à faire.

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