LA VIEILLE SERVANTE
A Paul Léautaud.
Ce soir je me souviens de la vieille servante
Qui, dans ces premiers feux, en d'autres soirs lointains,
Mettant pour moi des marrons sous la cendre ardente
S'asseyait au foyer et surveillait mes mains.
C'est toujours la cuisine aux solives noircies
Où sèche le savon, les cuivres scintillants
Sur le mur roûx piqué de mouches endormies ;
La table, son tiroir où de l'ail, des piments
Et des champignons secs parmi de la ficelle
Composent une odeur qui s'échappe en l'ouvrant
Et dont s'est imprégné Talmanach qu'il recèle.
Je me souviens de quand j'étais petit enfant Rentrant des bois mouillés, les souliers pleins de feuilles Qui séchaient en fumant beaucoup devant le feu. « Tu as encore été là-bas sans qu'on le veuille ; )) Je le dirai »... Je vois son long tablier bleu Et ses mains de travail et la jambe qui tire ; Elle aimait sa cuisine, elle parlait de Dieu, " Comptait sur ses gros doigts et ne savait pas lire ! Il me semble, à présent, qu'en me tournant un peu Je la verrais pleurer dans l'ombre et me sourire.