‹ Poèmes provinciauxChapitre 25 sur 38 · L'AÏEULE DIT · texte numérisé non relu

L'AÏEULE DIT

Pour Madame E. i?.

L'aïeule dit : Il faut Ubs peu penser à soi.

Peut-être ne pourrai-je endurer la froidure ; Je suis branlante, usée, à peine vive quoi !

Et pourtant je tricote et ces fruits que tu vois J'en ferai cet après-midi la confiture.

L'abeille n'extrait pas le miel du bel été Pour elle seule, mais, fidèle, s'exténue A vouloir qu'en la ruche encor puisse gîter Après elle l'essaim des filles inconnues.

Ainsi toute ta vie, enfant, sois l'ingénue

Qui se donne sans amertume et sans compter.

Qu'importent cet ingrat et ta pauvre souflFrance ?

Reste tendre et sans haine et tout s'eflFacera .

Le présent, comme une eau, coule entre tes doigts, pense

Au futur que ton lent effort préparera.

Puis au soir sois paisible et grave, alors que vaine,

L'heure a passé pour ceux que le plaisir trompa

Et souris en voyant, plus près de toi d'un pas,

La Mort, déjà tressant le berceau de ta peine.

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