C'EST ASSEZ RÊVER
Pour Léon Bocquet.
Dis, c'est assez rêver au bord des vitres pâles,
C'est assez se meurtrir le cœur à ce qui fut !
Vois quelle obscurité par la pièce s'étale ;
Allume le foyer et la lampe, veux- tu >
C'est l'heure, mets la nappe et les assiettes blanches,
Les chaises, l'abat-jour qui est sur le buffet
Et que ton père, entrant, puisse avec le soufflet
Faire s'épanouir la flamme de ces branches.
Que, las de son travail et du chemin montant.
Las de tant d'autres jours et t'aimant comme il t'aime,
Il n'ait pas cet émoi douloureux en ouvrant
De voir la salle morne et sur les dehors blômes,
Ta face où trop de deuil se peint en ce moment.
Ta peine, cache-la ; fais-la doublement tienne.
Car, plus que le feu clair et la table et le pain.
C'est ton rire discret, ta voix, ta voix sereine,
Ton front libre d'ennui, ton regard sur le sien
Que souhaite son vœu de paix quotidienne.
Va, souris, par bonté, n'entends-tu pas ?. . . Il vient.