SOLITUDE
A Gaston de Lagarde.
On a laissé verdir (a porte et la fenêtre Et des lichens monter les marches du perron ; L'eau se moire à l'étang et le jardin semble être Un cimetière autour d'une tombe sans nom.
L'herbe onduleuse a cru du Printemps à l'Automne Sans voir la faux raser d'un vol coupant et clair, La chevelure en deuil qu'au vent elle abandonne Et d'inutiles fruits ont amolli leur chair.
La lune vient traîner, âme des nuits pâlies, Son linceul d'azur blême entre les hauts tilleuls, Sur les berges verser sa pleurante harmonie, Ou rôver un instant au mystère du seuil.
Le parc qui frissonna, jadis, dans la musique S exaltant par la bouche orgueilleuse des cors, Ne sait plus maintenant que la flûte rythmique De la reinette avec son monotone accord.
Mais un tel sentiment émane de ses roses Qu'on sent, parmi la solitude des chemins.
Le cœur se parfumer d'inexprimables choses En voyant s'effeuiller leur fragile carmin.
Jardin où le regret fleurit dans le silence, Où l'herbe de l'allée efface d'anciens pas, Reste ainsi te berçant en ta verte indolence De ces mots entendus qu'on ne redira pas.
Reste ! que nul passant ne pénètre ton rêve Et ne vienne, semant sa joie à tes détours, Effaroucher des vols d'ailes blanches et brèves Et tes feuilles où dort la chanson d'autres jours.