‹ Poèmes provinciauxChapitre 34 sur 38 · JE RÊVE D'UN LOGIS · texte numérisé non relu

JE RÊVE D'UN LOGIS

Je rêve d'un logis, maison basse à fenêtres

Hautes, aux trois degrés usés, plats et verdis,

Au foyer solitaire et profond pour y mettre

Ma souffrance à l'écart et mon rêve à l'abri.

Dans la salle aux murs roux du clair rez-de-chaussée,

La table en poirier serait vaste, nul rideau

Ne voilerait l'horizon pur de la croisée

Et du rose entrerait, le soir, par les carreaux.

La chambre s'ouvrirait sur la route fuyante,

Çr

Des branches de tilleul caresseraient le toit, Le jardin pousserait comme il voudrait, le bois Serait proche et Ton entendrait sa voix dolente Par les nuits de silence inquiet et de froid Où je veillerais tard près du feu sous la lampe.

Logis pauvre et secret à l'air d'antique estampe Qui ne vit qu'en moi-même où je rentre parfois, M'asseoir pour oublier le jour gris et la pluie Où, quand le songe errant colle aux vitres d'en bas Son front hâve et ses yeux doux de mélancolie, Je lui permets d'entrer sans qu'il dise pourquoi.

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